Tomber en bas de nous

Je n’ai plus les mots pour décrire comment tu me fais sentir. 

J’ai marché des centaines de kilomètres pour te retrouver quelque part, quelque part en suspens qui ne m’attend nulle part. 

Tu m’as dit : « J’suis pas prêt, j’suis pas bon, étends-toi un peu, fais un peu de bruit, pas trop, juste assez, mais ne tombe surtout pas en amour avec moi, s’il te plaît. »

Je n’ai rien compris, il faut croire. Je t’ai ouvert mon cœur plus grand que mes jambes, tu sais le nombre de fois aussi que je t’ai ouvert mes jambes. Tu les as comptées, ces fois. Plus grandes que le ciel, que les nuages, que toutes les galaxies. Mon corps contre le tien pour toujours. 

Je t’ai aimé tellement vite, ça m’a crissé en bas de mon balcon, du toit de ton appartement et de l’ombre du Farine Five Roses. J’ai pensé voler, me rattraper. Estie que t’aimer c’était bon.

Si tu savais à quel point j’ai encore en mémoire tes baisers laissés au bas de mon dos, tes lèvres tatouées qui serpentent et chatouillent ma peau crevassée, tes mains qui ont brûlé mes hanches au troisième degré.   

Nos mémoires en sables mouvants, en secondes arrêtées, en remous à contre-courant. Comme j’ai de la difficulté à nager jusqu’à toi — à m’accrocher. Chaque gorgée je me noie. Ne vois-tu pas que je t’appelle au beau milieu de la mer où tu laisses des milliers de femmes comme moi mourir?

Et encore et encore, je vais recommencer à courir, à me laisser faire l’amour par des millions d’hommes sans visages. Je vais compter les jours sans toi après chaque tour du monde en 365. Malheureusement, je n’oublie rien.

Il va neiger, grêler, mouiller en milliards de gouttelettes sur mon corps. Je vais pleurer. Plus fort. Encore. Je cours après moi-même. 

J’ai déjà tout vu, ce n’est pas la première fois que je joue au jeu de l’amour, que je m’enfonce des couteaux dans le ventre qu’on me tend en silence. 

Je vais te chercher parmi les yeux des autres. Je sais qu’au bout de tout, je peux te retrouver. Traverser Champlain en full speed, retenir mon souffle au creux du tunnel Lafontaine, me tremper le bout des orteils dans la gorge de la Jacques-Cartier. Faire autant d’allers-retours qu’il le faut : c’est à nous de prendre tout ce qui nous est offert.

Je vais te le dire enfin : je t’aime. Je t’aime encore. Il n’y a pas une seconde où je ne t’ai pas aimé, où je ne me suis demandé si je t’aimais ou pas. Je t’aime. Je sais c’est dur, ça fesse. C’est compliqué, ce n’est pas facile. Tu voulais juste que je m’étende un peu tout près de toi pour te réchauffer. Excuse-moi, je me suis enfoncé les doigts dans les oreilles quand tu m’as supplié de ne pas tomber en amour avec toi.  

Je suis désolée de ne pas t’avoir écouté. Laisse-moi retourner à la vraie vie, à me mouiller les cheveux dans les eaux des villes que je découvre sans toi. 

Je dois faire comme si, tous les jours. Me fermer les yeux pour les ouvrir en constatant que tu ne seras plus jamais là. Un rêve — je n’ai plus le temps de te chasser la nuit. 

Laisse-moi dormir. 

Photo Chuttersnap

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