Un corps de miel d’été

Les heures sont interminables.

Dans l’attente forcée par le manque de liberté imposé, toutes les secondes qui passent se redirigent vers toi.

Constamment, dès que mon esprit est permis à l’égarement ou à des pauses d’angoisse incontrôlables, tu reviens vers moi en courant. 

Ce confinement, nécessaire à te retrouver, me fait nager entre les souvenirs et les mémoires de mon corps couché contre le tien. Je regrette tous ces moments où je n’ai pas tenu ta main plus longtemps. Où je n’ai pas porté mon ouïe à se souvenir de la mélodie des battements de ton cœur. Où je ne me suis pas assez perdue dans tes yeux.

Entre les frénésies de vouloir sortir, crier, muer mon corps à quelque chose qui n’est pas captif, je retiens tout cet amour qui m’habite pour toi en rêvant aux beaux jours d’été à tes côtés.

Et quand, la nuit, mes grands esprits font la paix pour sombrer vers le sommeil, ce sont les parties sensibles de mon corps qui s’éveillent.

Mes envies, mes désirs, mes passions. Les fantasmes nocturnes qui envahissent l’étendue de mon ventre contre des vagues en ondes se multiplient à l’infini. Ma peau devient mer et courants d’eau ravageurs, comme ceux qui raflent les icebergs et les plaquettes glacées du Nord de mon cœur.

Je fonds, je divague, je disparais. Comme mes doigts entre mes jambes, comme les secrets que je tente de retenir de me brûler vivante, comme ces mots que je t’ai déjà murmurés aux oreilles quand les beaux jours existaient encore. 

Mon corps fond et creuse le centre de mon matelas ; je deviens draps et édredon tant je m’abandonne. Une fleur qui s’ouvre, le pollen des pétales qui tachent mes doigts, la sève qui coule lentement contre la peau intérieure de mes cuisses. Des ailes me poussent contre les flancs, j’ai des frissons qui parcourent tout mon petit corps : je m’envole.

Petite abeille devient reine des apoïdes. Vengeresse quittant la ruche pour retrouver son nid. Son nid à l’autre bout du monde qui l’attend, qui attend, qui reste là à espérer le soleil et un nectar porteur de réconfort. Du miel collant contre les doigts, des soirées à boire aux lèvres des alvéoles, des pattes qui se frottent pour s’appeler.  

Comme le temps n’est pas mon allié, je fais de mes mots un compagnon pour oublier que la distance est difficile. Et que même les yeux fermés, je suis capable de te retrouver. 

On passera le printemps enfermé, mais on passera l’été à s’aimer.

Photo Vivek Doshi