Vendredi 17:00

Soirée qui s’annonce banale comme beaucoup d’autres, je dois aller travailler. On m’attend pour 17:00 et malgré le froid à se casser les os, il y a toujours une canicule durant la soirée parmi la foule de clients.

Tout se passe bien, je suis distraite. J’aurais préféré rester à la maison. Le bar est silencieux, peu de gens sont présents. Les heures passent lentement, mais sûrement. Les habitués passent faire un tour, comme d’habitude. Mes collègues sont prêts pour la soirée. 

Alors que je prépare un cocktail, je lève les yeux. Sur toi. C’est la première fois que je te vois. Tu me souris, mes jambes deviennent molles. Ma grande confiance habituelle se transforme en drôle gêne qui me déstabilise complètement. Tu es accompagné de quelques-uns de tes amis. J’essaie de regarder ailleurs, mais la carrure de ta mâchoire, la finesse de tes lèvres, l’abondance de tes cheveux, la cicatrice près de ton front, le feu dans tes yeux… j’ai une bouffée de chaleur qui me cloue au sol. 

Je respire et je reprends mes sens peu à peu. Je m’approche de toi, j’expire. Je dois te servir. Je prends ta commande, celle de tes amis. Santé, cheers, un shooter, deux shooters, trois shooters… mes jambes sont encore plus molles. 

Le temps défile sous mes yeux. C’est le moment de la soirée où tout le monde abonde autour du bar. Malgré le rush dans lequel je suis prise, chaque fois que je regarde vers toi, je te prends à découper finement mes hanches et mes fesses du regard. Et tu sais que je te vois. Ça t’excite.

Moi aussi.

Je bois d’autres shooters avec toi. On rit, nos mains s’effleurent, nos cœurs aussi. Il y a quelque chose de doux qui nous anime et qui habite soudainement nos corps. Tu me fais signe d’approcher mon oreille vers toi. Tu passes une main au creux de ma nuque. Je frissonne.

– Viens avec moi.
– Où..?
– Où tu veux.

Je te fais signe de me suivre près du couloir menant vers la salle des employés. Le feutre du rideau fait frissonner ma peau, tu accroches ta main à mon poignet. Tu m’attires vers toi et me colles au mur. Ta langue vient explorer tous les repères de ma bouche en cœur ouverte pour ton corps et tous tes sens. 

J’ai chaud. Très chaud. Ton corps se colle au mien, je détache tes pantalons. Ma main fouineuse vient chatouiller ton sexe excité. Tu respires fort dans mes oreilles. Je mords la peau délicate entre ton cou et ton épaule. Tu relèves ma jupe et une de mes jambes. Je sens tes doigts qui découvrent impatiemment mon sexe déjà humide. Tu râles près de ma bouche, je mords une de tes lèvres. Tu repousses mes hanches plus haut contre le mur. Et tu entres en moi. Fort.

Je frotte ma peau contre la tienne et m’agrippe à toi. Mes ongles marquent doucement tes épaules et tes reins. Je te demande d’accélérer. Je vais jouir rapidement, car tu m’excites énormément. Toi aussi, je le sens. Je te regarde droit dans les yeux.

– Viens avec moi.
– Quand ?
– Maintenant. 

Je resserre mon étreinte encore plus fort et je t’embrasse pour masquer nos cris mélangés à la musique qui fait vibrer le plancher sous nos pieds. Le corps encore en transe, je défroisse ma jupe et retrouve les sens que tu m’as tout doucement volés. Tu me pinces une fesse. Je ris. Toi aussi. 

On se rejoint au bar, tu me fais un clin d’œil, je te souris. Je t’offre un verre. Tu penches ta tête vers la mienne.

– Viens avec moi.
– Encore ?
– Oui encore. Et pour toujours.

Photo Christopher Burns

Mélodie immortelle

Dans les échos secrets de la nuit, j’ai parfumé ma nuque à l’aide de son odeur restante déposée sur mes draps.

Quand son corps découvre le mien, c’est le monde entier qui s’ouvre à moi, abandonnant ses failles et ses faiblesses. L’amour, je l’ai découvert grâce à lui. Cœur de fille et corps de femme, des flammes se sont emparées de mon ventre pour l’allumer à nouveau. 

J’ai fait l’amour avec lui dans le plus grand des silences pour entendre son cœur battre entre mes jambes. Cette première fois où je l’ai aimé, des tambours ont résonné dans toutes les villes avoisinantes. Comme ça, tout doucement, une douce symphonie est née entre nous.

À parcourir les instruments de musique de sa peau, j’ai gratté les cordes de ses désirs. Renaissance. Découverte. Passion. Mélodie immortelle.

Allumées par le brasier de ses lèvres, mes jambes se sont ouvertes pour le laisser pénétrer dans la cage de mes secrets les mieux gardés. Corps à corps, des bruits de peaux mouillées, je lui ai fait un amour comme on ne lui a jamais fait auparavant. Une première fois à tout, comme les premières notes apprises sur la blancheur vulnérable d’un piano. Les notes graves, je les ai découvertes lorsqu’il a joui en moi.

Je l’ai aimé. Vite. Sauvagement. Amoureusement. 

On ne passe pas assez de temps à apprécier le doux de nos conquêtes, c’est pourquoi peu en font de bons amants. 

On n’écoute pas assez les chansons chuchotées au creux de nos oreilles, c’est pourquoi peu d’entre nous tombent amoureux.

On ne veut pas assez se laisser toucher, c’est pourquoi plus personne ne sait aimer les caresses échangées entre les rayons de lune et les aurores brumeuses du petit matin. 

Au premier contact de sa peau sur la mienne, mon cœur a émis de curieuses vibrations. Gênée, j’ai quand même laissé la tentation de ses mains jouer avec la guitare de mes hanches. Faire l’amour avec lui, c’est voyager partout dans le monde. Les yeux portés vers le ciel, ses lèvres lovées au creux de ma nuque et le sexe poignant d’amour, on a découvert que le passé pouvait rester derrière nous. Et que l’avenir était la seule chose qui nous intéressait. 

Lui, il a ouvert toutes les voies qui m’étaient encore inconnues vers un nouveau monde. Le présent, je le vis au quotidien à ses côtés. Sa main fondue à la mienne.

Lui, il a pansé toutes les blessures que le monde entier a pu laisser sur ma bouche et le bout de mes doigts. Blessée, la fleur de l’entrée de mes cuisses a fleuri à nouveau. 

Lui, c’est le printemps. Et je n’ai plus envie de connaître d’autres saisons maintenant. 

Photo Daniel Spase