Les folies des beaux jours

Mon amour,

Si je t’écris aujourd’hui, c’est parce que j’achève de patienter de te parler. Du temps à la distance, mon cœur bat un peu trop fort et de loin.

Je ne sais pas si j’ai toujours les bons mots pour m’exprimer, tant je les ai pleurés à penser à toi.

On pourrait prendre le temps de jouer à la chronologie de nous deux, à se rappeler quand et comment on est tombés si fort en amour l’un pour l’autre. 

J’hésite entre la tendresse de tes yeux et la souplesse de tes mains. Il y a toujours eu quelque chose de magique et de doux entre le mélange de tes prunelles à tes doigts. Comme un ballet, une danse infinie entre le tempo de ta peau et le sauvage de ton regard.

Obsession. Désir. Fantasme.  

Je me souviens de la première nuit d’amour, nécessaire aux battements de mon cœur, comme les artères qui pompent le sang de mon bassin à mon cerveau. Tomber de haut, comme un oiseau qui fend ses ailes frêles en coupant trop carré le coin d’un bâtiment. Je n’ai rien vu.

Aveuglée par tes mots et les vagues formées parmi les draps de ton lit, j’ai nagé les yeux fermés. Je me suis noyée. Les folies des beaux jours. Perdue entre deux ou trois de tes baisers, à ramer à contresens pour te retrouver.

Ton corps. Comme un phare en plein centre des brumes qui placardent les espaces vides de ma vie. Les bateaux qui passent, leurs chants misérables qui fracassent le silence des mers. Noyade.

Je suis triste. Je m’ennuie.

C’est difficile les matins sans tes bras autour de mon corps. J’imprime lentement les souvenirs de tes odeurs laissées chez moi. Reviens. Je ne sais plus comment me lever, comment sortir du lit, comment avancer. 

J’essaie de te faire l’amour de loin. Quand je jouis à l’infini, quand je pianote mes sentiments sur mon sexe, quand mes orgasmes atteignent le ciel et la terre, je pense à toi. Je vis en toi. Visualiser ton corps dans le mien allume toutes les passions qui m’habitent. 

Mais tu n’es pas là. Je cherche. Les deux bras plongés dans la houle de ta peau, je colle les algues vagabondes à mon ventre qui explose. Mirage. Aquaculture. Littoral. J’explore les limites et je ne trouve pas l’entre-deux. Myope du cœur. 

Sensation du vide. Tout le temps. Quand tu es à l’autre bout du monde. 

On se lasse et on se prélasse via les centaines de kilomètres. Te perdre. Pourquoi ? Non. Jamais.

Mon amour, si je t’écris aujourd’hui, c’est parce que je sais que je t’aime. Et que toi aussi. Je sais aussi que les folies des beaux jours sont les préludes aux nouveaux matins avec toi.

Je sais que t’aimer, c’est de ne plus jamais fermer les yeux la nuit. Et foncer vers l’inconnu, mon corps fondu au tien. Pour toujours. 

Photo Andrew Charney

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