C’est beau

Mon cellulaire sonne encore. C’est beau, je me lève.

J’arrive pieds nus dans la cuisine, effet de glace, comme un iceberg qui me traverse des orteils aux oreilles. Titanic contemporain. Ma vie amoureuse est un naufrage lamentable.

Je tartine à la margarine chaude un vieux pain qui traîne sur le comptoir vide. Vestige d’une soirée arrosée de vins et fromages mous. Plate, vie plate. J’essaie encore de l’oublier en m’alcoolisant le corps et l’esprit chaque soir. Je vogue et vague entre les mers des alcools cheap et des lacto fermentations sans goût.

J’ouvre le frigo. La maudite vieille pâte de coing me regarde, éventrée par des matins plus égayés par les rayons de soleil de ses yeux. Solitude.

Je suis prise dans la lenteur et le désert de mon appartement fade sans lui. Je vais encore pleurer toute seule dans la cuisine, les cheveux gras et en retard à mon job de marde.

Je me souviens du soir où il m’a laissée. Le lendemain, je pleurais en plein milieu d’un brunch sans goût ni couleur sur Masson. Ma cousine était devant moi, la face surplombée par le rouge vif de ses joues et sa peau sableuse qui menaçait d’exploser chaque seconde, tellement le froid lui crevassait les pores.

« C’est pas si pire que ça, tu fais comme si tout était tragique. T’sais, un an de relation c’est pas comme cinq ans. Tu ne peux pas comparer ça. Anyway, c’est pas comme Francis et moi, dans le fond. Tu catch ? »

Oui Sandrine, je catch.

Sauf que j’ai l’impression que depuis cette rupture, je ne retrouve plus rien. Plus le goût à rien. Plus le goût d’aller nager des longueurs interminables à la piscine, plus le goût de lire et relire Duras, plus le goût de sortir prendre un coup avec mes amis, plus le goût de faire la litière du chat, plus le goût de boire du café, plus le goût de me laver, plus le goût de respirer.

Plus le goût de rien. Rien. Rien de rien.

Sandrine dit que je dois catcher ça. C’est beau, je catch.

Mais je n’avance plus, comme dans mes rêves. Toujours la même chose. Je marche vers nulle part. Dans un raz-de-marée de sable, je cherche à m’abreuver. Ma gorge est parsemée de cactus qui tuent mon œsophage lentement. Ça chauffe. J’essaie d’avancer, mais mes pieds se noient tranquillement dans un sable rugueux et humide. Au loin, des palmiers décorés de cœurs de papier découpés grossièrement voisins d’une chute d’eau. Je veux m’y rendre, un peu. Pas capable et pas vraiment le goût, au fond.

J’ai le soleil qui me plombe le visage, ma peau qui décolle en mue de serpent, mes doigts qui calcinent et fondent en cendres. Je suis toujours en train de brûler ce que j’essaie de toucher, en plein milieu du désert pitoyable de mon cœur broyé.

Et je tousse, je vomis de la pâte de coing sur mes pieds qui disparaissent de plus en plus dans le sable qui ressemble à de la mie sèche de pain. L’instant de fermer les yeux, je suis prise dans un sablier qui commence à se déverser sur ma tête. Je dois sortir, sinon je vais être ensevelie. Je cogne à la vitre, je crie, la chute d’eau au loin se transforme en iceberg, les cœurs tombent et déchirent des feuilles de palmiers qui partent au vent. Je retiens mon souffle et je me bouche le nez. Je me laisse mourir à petit feu.

Mon cellulaire vibre dans ma poche. Effet de réveil instantané, je dormais debout en plein milieu de ma cuisine défraîchie et triste comme le mois de novembre. Je regarde mon téléphone. C’est lui.

Mon ventre se serre. Encore les cactus dans la gorge. Papiers de cœur au vol-au-vent. Pluie de sable.

« Salut. Tu peux arrêter de penser à tout ça. Je sais que c’est difficile, mais ta cousine m’a demandé de t’écrire parce que… ben tu n’as pas l’air d’aller bien. Je comprends qu’une rupture, c’est une coupure, que c’est l’effet d’un désert sans fin, que c’est pas si rien. Je sais, mais bon. Je pense que ça suffit. Ça fait que, pour l’amour de ton toi, de ton toi-même, arrête. Pis tu peux jeter la pâte de coing. De la confiture de même, c’est bon longtemps, mais pas plus d’un an. Bye. »

C’est beau, j’ai catché.

Photo Andreea Popescu

Un corps de miel d’été

Les heures sont interminables.

Dans l’attente forcée par le manque de liberté imposé, toutes les secondes qui passent se redirigent vers toi.

Constamment, dès que mon esprit est permis à l’égarement ou à des pauses d’angoisse incontrôlables, tu reviens vers moi en courant. 

Ce confinement, nécessaire à te retrouver, me fait nager entre les souvenirs et les mémoires de mon corps couché contre le tien. Je regrette tous ces moments où je n’ai pas tenu ta main plus longtemps. Où je n’ai pas porté mon ouïe à se souvenir de la mélodie des battements de ton cœur. Où je ne me suis pas assez perdue dans tes yeux.

Entre les frénésies de vouloir sortir, crier, muer mon corps à quelque chose qui n’est pas captif, je retiens tout cet amour qui m’habite pour toi en rêvant aux beaux jours d’été à tes côtés.

Et quand, la nuit, mes grands esprits font la paix pour sombrer vers le sommeil, ce sont les parties sensibles de mon corps qui s’éveillent.

Mes envies, mes désirs, mes passions. Les fantasmes nocturnes qui envahissent l’étendue de mon ventre contre des vagues en ondes se multiplient à l’infini. Ma peau devient mer et courants d’eau ravageurs, comme ceux qui raflent les icebergs et les plaquettes glacées du Nord de mon cœur.

Je fonds, je divague, je disparais. Comme mes doigts entre mes jambes, comme les secrets que je tente de retenir de me brûler vivante, comme ces mots que je t’ai déjà murmurés aux oreilles quand les beaux jours existaient encore. 

Mon corps fond et creuse le centre de mon matelas ; je deviens draps et édredon tant je m’abandonne. Une fleur qui s’ouvre, le pollen des pétales qui tachent mes doigts, la sève qui coule lentement contre la peau intérieure de mes cuisses. Des ailes me poussent contre les flancs, j’ai des frissons qui parcourent tout mon petit corps : je m’envole.

Petite abeille devient reine des apoïdes. Vengeresse quittant la ruche pour retrouver son nid. Son nid à l’autre bout du monde qui l’attend, qui attend, qui reste là à espérer le soleil et un nectar porteur de réconfort. Du miel collant contre les doigts, des soirées à boire aux lèvres des alvéoles, des pattes qui se frottent pour s’appeler.  

Comme le temps n’est pas mon allié, je fais de mes mots un compagnon pour oublier que la distance est difficile. Et que même les yeux fermés, je suis capable de te retrouver. 

On passera le printemps enfermé, mais on passera l’été à s’aimer.

Photo Vivek Doshi

Les folies des beaux jours

Mon amour,

Si je t’écris aujourd’hui, c’est parce que j’achève de patienter de te parler. Du temps à la distance, mon cœur bat un peu trop fort et de loin.

Je ne sais pas si j’ai toujours les bons mots pour m’exprimer, tant je les ai pleurés à penser à toi.

On pourrait prendre le temps de jouer à la chronologie de nous deux, à se rappeler quand et comment on est tombés si fort en amour l’un pour l’autre. 

J’hésite entre la tendresse de tes yeux et la souplesse de tes mains. Il y a toujours eu quelque chose de magique et de doux entre le mélange de tes prunelles à tes doigts. Comme un ballet, une danse infinie entre le tempo de ta peau et le sauvage de ton regard.

Obsession. Désir. Fantasme.  

Je me souviens de la première nuit d’amour, nécessaire aux battements de mon cœur, comme les artères qui pompent le sang de mon bassin à mon cerveau. Tomber de haut, comme un oiseau qui fend ses ailes frêles en coupant trop carré le coin d’un bâtiment. Je n’ai rien vu.

Aveuglée par tes mots et les vagues formées parmi les draps de ton lit, j’ai nagé les yeux fermés. Je me suis noyée. Les folies des beaux jours. Perdue entre deux ou trois de tes baisers, à ramer à contresens pour te retrouver.

Ton corps. Comme un phare en plein centre des brumes qui placardent les espaces vides de ma vie. Les bateaux qui passent, leurs chants misérables qui fracassent le silence des mers. Noyade.

Je suis triste. Je m’ennuie.

C’est difficile les matins sans tes bras autour de mon corps. J’imprime lentement les souvenirs de tes odeurs laissées chez moi. Reviens. Je ne sais plus comment me lever, comment sortir du lit, comment avancer. 

J’essaie de te faire l’amour de loin. Quand je jouis à l’infini, quand je pianote mes sentiments sur mon sexe, quand mes orgasmes atteignent le ciel et la terre, je pense à toi. Je vis en toi. Visualiser ton corps dans le mien allume toutes les passions qui m’habitent. 

Mais tu n’es pas là. Je cherche. Les deux bras plongés dans la houle de ta peau, je colle les algues vagabondes à mon ventre qui explose. Mirage. Aquaculture. Littoral. J’explore les limites et je ne trouve pas l’entre-deux. Myope du cœur. 

Sensation du vide. Tout le temps. Quand tu es à l’autre bout du monde. 

On se lasse et on se prélasse via les centaines de kilomètres. Te perdre. Pourquoi ? Non. Jamais.

Mon amour, si je t’écris aujourd’hui, c’est parce que je sais que je t’aime. Et que toi aussi. Je sais aussi que les folies des beaux jours sont les préludes aux nouveaux matins avec toi.

Je sais que t’aimer, c’est de ne plus jamais fermer les yeux la nuit. Et foncer vers l’inconnu, mon corps fondu au tien. Pour toujours. 

Photo Andrew Charney

250 kilomètres d’amour

C’est le temps des neiges nocturnes et des pluies fines.

La nuit, parmi les étoiles des sapins et des brillants des cadeaux, mon cœur s’emballe et s’excite au même rythme que sa peau qui me respire à distance.

Je pense à lui constamment, comme une galaxie infinie et des secrets chuchotés aux oreilles, mes lèvres sont un tambour qui claque et frissonne sous les coups de ses paumes collées à mon ventre.

Je l’aime.

Comme une anguille qui serpente toutes les mers du monde, s’abreuvant aux vertèbres des autres animaux marins, cherchant sans cesse et sans relâche un sable chaud pour se reposer.

Un soleil brûlant m’habite quand il dit mon nom. Les flammes s’alimentent de mon sang. Le cœur de ce dernier se loge au creux du mien pour ne former qu’un et faire battre toutes les grandes chaleurs de mon sexe. 

Mélodie qui résonne et rayonne au creux de mes tympans, comme les plus merveilleuses symphonies jouées du bout des doigts ; c’est sa chanson à lui que je répète et fredonne du bout de la langue. 

Son corps dans le mien transporte et berce toutes les misères que mon cœur a supporté. Cachée au creux de ses bras, habillée par sa peau humide et chaude, je ronronne et réveille mes propres abysses quand son odeur se tatoue près de ma bouche.

Je le goûte à distance, doux souvenir de sa peau de septembre qui scintille dans la folie de mes draps. Quand je ferme les yeux, je peux retrouver ses yeux parmi toutes mes mémoires. Les oreilles grandes ouvertes, l’écho de son rire transperce les millions de kilomètres qui nous séparent. 

Mes propres doigts qui effleurent les courbes de mes hanches aux eaux de mes cuisses sont mon sacrilège et un sort que je me jette pour retrouver un semblant d’effet de ses mains. Je me fais l’amour en pensant à lui, mes jouissances deviennent les siennes et je crie en puissance pour que ses sens s’éveillent en même temps que les miens.

Le temps est immortel à ses côtés et les heures deviennent des secondes quand je sens son cœur battre contre le mien. Rien à voir avec les sensations de montagnes russes ordinaires, lui, il est plus que capable de faire vibrer et briller mon corps au-delà des vertiges de toutes les galaxies.

Cet homme est la raison pour laquelle mes yeux sont ouverts sur toutes les ambitions, les désirs, les envies, les possibilités et les passions dont mon âme rêve.

Ces paroles que je chante et récite sont les refrains infinis fredonnés au cœur de toutes les villes de la planète entière pour que son nom soit connu de tous et chacun. Homme d’une vie, mémorable et inoubliable, c’est lui qui habite mes pensées et qui mérite toutes les louanges espérées d’un cœur amoureux.

Je n’ai pas assez de temps pour lui dire à quel point et comment je l’aime, mais j’ai tous les mots du monde pour lui écrire tous les jours, et ce, jusqu’à la fin des temps. 

Photo Sarah Dorweiler

Mélodie immortelle

Dans les échos secrets de la nuit, j’ai parfumé ma nuque à l’aide de son odeur restante déposée sur mes draps.

Quand son corps découvre le mien, c’est le monde entier qui s’ouvre à moi, abandonnant ses failles et ses faiblesses. L’amour, je l’ai découvert grâce à lui. Cœur de fille et corps de femme, des flammes se sont emparées de mon ventre pour l’allumer à nouveau. 

J’ai fait l’amour avec lui dans le plus grand des silences pour entendre son cœur battre entre mes jambes. Cette première fois où je l’ai aimé, des tambours ont résonné dans toutes les villes avoisinantes. Comme ça, tout doucement, une douce symphonie est née entre nous.

À parcourir les instruments de musique de sa peau, j’ai gratté les cordes de ses désirs. Renaissance. Découverte. Passion. Mélodie immortelle.

Allumées par le brasier de ses lèvres, mes jambes se sont ouvertes pour le laisser pénétrer dans la cage de mes secrets les mieux gardés. Corps à corps, des bruits de peaux mouillées, je lui ai fait un amour comme on ne lui a jamais fait auparavant. Une première fois à tout, comme les premières notes apprises sur la blancheur vulnérable d’un piano. Les notes graves, je les ai découvertes lorsqu’il a joui en moi.

Je l’ai aimé. Vite. Sauvagement. Amoureusement. 

On ne passe pas assez de temps à apprécier le doux de nos conquêtes, c’est pourquoi peu en font de bons amants. 

On n’écoute pas assez les chansons chuchotées au creux de nos oreilles, c’est pourquoi peu d’entre nous tombent amoureux.

On ne veut pas assez se laisser toucher, c’est pourquoi plus personne ne sait aimer les caresses échangées entre les rayons de lune et les aurores brumeuses du petit matin. 

Au premier contact de sa peau sur la mienne, mon cœur a émis de curieuses vibrations. Gênée, j’ai quand même laissé la tentation de ses mains jouer avec la guitare de mes hanches. Faire l’amour avec lui, c’est voyager partout dans le monde. Les yeux portés vers le ciel, ses lèvres lovées au creux de ma nuque et le sexe poignant d’amour, on a découvert que le passé pouvait rester derrière nous. Et que l’avenir était la seule chose qui nous intéressait. 

Lui, il a ouvert toutes les voies qui m’étaient encore inconnues vers un nouveau monde. Le présent, je le vis au quotidien à ses côtés. Sa main fondue à la mienne.

Lui, il a pansé toutes les blessures que le monde entier a pu laisser sur ma bouche et le bout de mes doigts. Blessée, la fleur de l’entrée de mes cuisses a fleuri à nouveau. 

Lui, c’est le printemps. Et je n’ai plus envie de connaître d’autres saisons maintenant. 

Photo Daniel Spase

Premier baiser

Vendredi 17H00, on se retrouve enfin. J’ai envie de dégourdir tous mes sens et mon corps. Tu m’attends chez toi. Ça fait longtemps qu’on s’est vus. Je m’ennuyais de toi.

De ton odeur épicée. De ta peau ambrée. De tes yeux doux qui tombent parfaitement dans les miens. De ta main qui se balade entre mes cheveux. De tes lèvres que tu déposes sur mes épaules dénudées, comme un tatouage sur mon corps. 

On sort prendre un verre. Marchant côte à côte dans la rue, tu t’assures de me garder près de toi. Ton bras s’enroule sur ma nuque. Tu me protèges. Je suis bien près et avec toi. Tu me rassures. Tu es mon refuge de tous les jours.

La soirée est fraîche, l’air aussi. On marche beaucoup, on arrête dans les bars et restaurants à gauche et à droite où l’on prend un verre ou deux. Ma tête tourne tranquillement, mon cœur se berce tout doucement. Je me perds de plus en plus en toi. C’est naturel, c’est doux, c’est vrai.

C’est nous. 

On s’arrête dans un bar qui attire notre œil par sa devanture. On boit, on rit, on effleure nos bras. Tu m’excites. Beaucoup. 

Je me lève un instant pour aller vers la salle de bain, toi aussi. On se dit qu’on s’attend pour quitter. En sortant, je ne te trouve pas, je te cherche. Tu m’attends près de la sortie. Je m’avance vers toi. Confiante.

– Je t’attendais.
– Tu m’aurais attendu combien de temps ?
– Toute ma vie.

Et là, à ce moment même, tu me prends par la taille pour me rapprocher de toi. Comme ça, dans un élan de passion et d’amour, je sens ton cœur battre contre le mien. Ta main glisser près de mon oreille, lovée au creux de ma nuque et tes lèvres fondre aux miennes. Enfin, le monde s’ouvre à moi. 

Un tourbillon, une tornade, un feu. Mon cœur à l’envers et de tous les côtés me chavire et m’emporte. Mes pieds décollent du sol pour atterrir rapidement dans ton lit. Tu me couches et me déposes comme une pierre précieuse. 

Ton corps se glisse dans le mien, les aurores boréales du monde entier apparaissent dans tes yeux. On fait l’amour comme des fous, comme des bêtes, comme des aimants. Nos peaux fondues ensemble, je comprends finalement le vrai sens de l’abandon. Dans un éclat, comme un verre qui se brise au ralenti, je tombe en amour avec le sentiment le plus candide et pur qu’il ne puisse exister : toi.

Je pense toujours à nous. Tes doigts de ma bouche à mon sexe. Tes yeux qui ronronnent en même temps que mon cœur. Tes lèvres cousues à ma peau. Ta sueur qui perle au bas de mes reins. Tes paumes qui marquent mes fesses à jamais. 

Je veux te faire l’amour jour et nuit, comme un papillon qui cherche toujours la lumière. Je veux que mes orgasmes tapissent les murs de ta chambre. Je veux que tes yeux deviennent des appareils photo pour mon corps nu entre tes draps. Je veux jouir dans ta bouche en écho infini. Je veux que ma peau glisse comme une vague contre la tienne tous jours. Pour toujours.

Je vais t’aimer comme un premier baiser. Chaque matin. Chaque soir. Chaque fois que tes yeux croisent les miens. Je vais t’écrire comme un premier amour. Chaque jour. Chaque soir. Chaque fois que je vais sentir mon cœur battre près du tien.

Je t’aime. Chaque instant. Chaque moment. Chaque fois que je pense à toi. 

Photo Mike Lewinski

Tempête de mon coeur

Quand tu poses tes mains sur mon corps, une tempête m’habite.

De toutes les vagues que j’ai ressenties, un courant d’air me passe de la colonne vertébrale au ventre lorsque tu possèdes ma peau. Mon cœur en suspens — comme une eau calme, brouille toutes les mers et marées de mon épiderme. 

Tu m’étourdis. Comme une tornade, comme les brumes près des eaux du matin. Tes aurores matinales m’absorbent et m’envoutent comme des sorts jetés. Petite sorcellerie, tu m’aspires et couches toute mon âme sur la tienne.

Quand ton corps entre dans le mien, je sens que le monde arrête de tourner. Ton sexe lové au creux du mien, délicate fleur qui s’ouvre pour tous tes sens, mes jambes ouvertes grandes comme le ciel accueillent ton essence comme les premiers rayons de soleil.

Tu es là, en moi, toujours et du matin jusqu’au soir, je rêve de ta peau, de ton corps, de ton cœur qui bat entre mes jambes. 

T’ai-je déjà dit à quel point ton corps faisait vibrer le mien ?

Quand tes doigts retrouvent leur chemin en moi, à l’entrée de mon sexe, où mon cœur bat en trombe, où je me m’ouvre, fane et renaît à la fois — ce sont toutes les eaux de mon corps qui se rejoignent en un seul et unique océan. 

Tu me réchauffes le sang, printemps et été à la fois entre toutes mes veines. Tu allumes tous les feux dans mon ventre, braisés par tes doigts qui tachent ma peau d’ecchymoses de nos nuits d’amour.  

Je perds la tête. Doucement et lentement quand j’imagine nos peaux réunies. Au fond de ton lit, ton corps ambré qui coule et fond sur le mien. Je jouis sur, dans et avec toi. 

J’ai envie de toi. Tout le temps. Je t’appelle ici et maintenant. Là. Je te supplie.

Mon amour, rejoins-moi.

Viens calmer la tempête de mon cœur. 

Je t’attends.

Photo Jeremy Bishop


Les vagues

Je déferle mon propre escalier pour me rendre au tien. Je traverse le pont en un éclair et déjà, en moins de 15 minutes, mon corps te rejoint comme en agonie. Tu me manquais. Tellement. Terriblement. Tremblement.

Tes yeux, ceux qui m’ouvrent la porte et qui font résonner tous les tambours de mon cœur m’attendaient aussi. Je te prends dans mes bras, ma langue glisse dans ta bouche. Mon corps appelait le tien. Depuis des heures, des jours, des semaines, des mois, des années ; depuis le début de ma vie.

Je t’attire en anguille vers ton lit, j’ai faim et soif pour ta peau. Mes mains contrôlent rapidement ton corps. Je te déshabille en une respiration, le temps que mes doigts fondent et coulent autour de ton sexe. Ce que je veux, ce soir, c’est de te rendre fou de la tête aux pieds.

Je me glisse entre tes jambes, j’ouvre tes cuisses pour retrouver ma place à moi. Ma place que tu partages et confies ailleurs, mais qui retrouve toujours sa vraie et unique chaleur avec moi. Ma place gardée au chaud, qui brûle et tremble quand elle sent et ressent le souffle de mon cœur près de ses racines. Celle qui soulève toutes les mers et les marées de mon corps. Toi, mon seul et unique océan.

Je bave et salive sur toi en te regardant dans les yeux. La houle se lève. Tu râles un peu, mes griffes sillonnent tous les périmètres de tes fesses. Tu entres dans ma bouche, ta respiration s’accélère ; la cadence du creux de ma gorge aussi. Les vagues se lèvent, tout doucement. 

Tu me dis de ralentir en repoussant ma tête, je vais plus loin et je lève mes yeux vers les tiens. Ta bouche en asphyxie, les perles de sueur de sexe au bout du nez et ton regard timide et désarmé me supplient d’arrêter. Je me cambre et mon bassin serpente tout doucement jusqu’au tien. Tempête.

Tu es là, au bout de moi, à cogner à l’entrée de mon corps, aspirant la chaleur et les respirations de mon sexe tout près du tien. Je vibre doucement au-dessus de ton être, c’est maintenant toi qui agonises pour retrouver ta place en moi. Celle qui a toujours été tienne.

M’attendre pour que tu entres te fait mal, ça brûle, ça chauffe en dedans. Avec peine et misère, tu essaies de retenir mon bassin :

« Laisse-moi entrer. S’il te plaît. Laisse-moi. »

Mais l’attente, l’attente de moi, l’attente de nous est meilleure que d’exaucer tes vœux. J’écarte l’entrée de mon sexe que je frotte sur toi en te regardant dans les yeux. Les vagues reprennent leurs remous de plus belle. Tu respires à t’en évanouir, ton corps a besoin du mien.

Je le sais, je le sens, je l’entends.

En retenant mon souffle, j’écarte mes jambes et je te laisse entrer, loin, le plus loin que tu peux aller. Des frissons se créent sur la peau de ton ventre et les poils de ton pubis se hérissent.

C’est ce que je veux. Tout le temps. Toi avec moi. Toi sur moi. Toi dans moi.

Nos corps dansent ensemble, comme une valse sans fin. La musique de nos corps, c’est le rythme de nos peaux qui résonne dans le vide de ta chambre. Je suis bien, toi aussi. On est bien.

La tempête se calme tranquillement. Tu me dis que tu vas jouir, mais c’est impossible sans m’entendre en premier. Tu me retournes et m’étends sur le lit, à plat ventre. Tu relèves mes hanches et tu entres. Fort.

Ton corps berce le mien. Je suis cambrée, le plus haut possible. À te recevoir et à te laisser m’envahir. Au complet. Je me retiens en tirant le drap. Ton corps devient le mien. Tu claques une de mes fesses. Je vibre tout doucement une première fois et inonde l’intérieur de mes cuisses. Ton corps est mien.

Tu respires plus fort. Tu accélères la valse. Tu t’accroches à mon bassin plus fermement.
Les vagues reprennent de plus belle. Nos sexes mouillés coulent ensemble et deviennent mers, marées et océans. On jouit ensemble. Tout près. Ton corps dans le mien.

Tu respires pour de vrai, enfin. Et moi aussi.

Je sais que tu pars encore, que tu me quittes un instant, que ton corps va flotter ailleurs. Le mien aussi, fleur libre que je suis.

Mais dans l’ivresse de toi, de moi, de nous, il n’y a jamais rien de plus beau que de se retrouver enfin ensemble.

Et ce, chaque fois que les vagues se lèvent dans nos corps.

Photo Ross Sokolovski

Un amour de saison

J’ai vécu un amour impossible, un amour d’été, un amour de saison qui m’absorbait et me faisait rêver. 

Vous savez, comme un cœur en fête, un mirage de sable, un étourdissement des doigts jusqu’aux orteils ?

Un amour impossible, oui. 



C’est le début de l’hiver, mon corps est frigorifié, toutes les raisons sont bonnes pour réchauffer mes veines. J’installe une application de rencontre, rapidement je commence à discuter avec un homme qui m’intéresse beaucoup. Beau, comme ça ne fait pas de sens. 

Une apparence de plage, de soleil même la nuit. Un corps de caramel, comme des vagues qui coulent à l’infini sur les rebords de peau. Des yeux qui perçoivent les galaxies et qui dessinent des histoires à en faire rêver. Une bouche myope, qui goûte sans fin à en redemander constamment, comme si elle ne mangeait rien d’autre que le corps devant elle. Des mains de tendresse, qui serpentent doucement sur l’épiderme, comme un satellite qui tourne et vrille autour du cœur. Et la rage au ventre, au commencement des cuisses, cachée au creux des abysses.

On s’écrit, on s’envoie des poèmes et des ritournelles. Je chante à même le bout de mes doigts sur l’écran. Je jouis sur ses photos, sur ses réseaux sociaux. Je m’endors la nuit avec la pensée de son sexe dans ma bouche, entre mes mains, au fond de moi. Je me réveille avec son corps flottant au-dessus du mien. Comme téléporté, il m’accompagne jour et nuit, surtout dans mes rêves éveillés. 

Et enfin, enfin, je rencontre son corps et son esprit. Dans la réalité, celle où il me couche et me déshabille tout doucement sur son lit. Détendue, en état d’asphyxie pour ses sens et ses membres, je fonds et coule sur sa peau à lui.

Il prend et transporte mon cœur ailleurs, loin. Il me fait l’amour comme ce que j’ai déjà lu auparavant, comme une histoire d’amour à des eaux de rose. Sa langue chatouille et éveille ma peau endormie sans lui. Ses doigts disparaissent constamment entre ma bouche et mon sexe et je perds connaissance la bouche grande ouverte jusqu’au ciel.

Comme il me fait jouir une première fois, il comprend les mécanismes de mon corps. Et c’est de cette manière qu’il m’a offert la plus belle histoire d’amour de toute ma vie. 

Je suis tombée en amour avec sa salive qui a parfumé le bas de mon ventre. Avec le bout de ses lunettes qu’il portait à ses dents. Avec sa main qu’il passait dans ses cheveux pour venir ensuite la lover près de ma nuque alors qu’il m’embrassait. Avec les odeurs de son corps bouillant sur le mien. Avec son souffle qui brûlait la peau de mon sternum. Avec ses yeux de tempête disparaissant entre les mers du bas de mon ventre. Avec sa façon de lécher le côté de mes cuisses tout en frottant son sexe près de mes pieds. Avec sa barbe captive entre mes ongles. Avec les poils fous sur ses pectoraux. Avec ses fesses musclant tous les recoins de mon matelas. Avec lui tout entier, sa tête, sa peau, sa voix — avec son râlement alors qui jouissait sur mon ventre et mes seins. 

Son sexe dans le mien est devenu un tatouage, comme un souvenir marqué à tout jamais sur et dans mon bassin. Mes hanches, elles sont devenues musique pour ses propres mouvements. Mes mains — celles qu’il aimait en silence, sont devenues le transporteur de mes émotions à son cœur à lui.

Il l’a échappé, il a brisé. Ce petit cœur solitaire, en manque de nous et de tout.

Les choses fragiles sont difficiles à porter et à retenir, comme un écho dans un coquillage. Les murmures secrets entre les branches, les mensonges que l’on raconte afin de se glisser dans un lit, près d’une peau mal-aimée. Il y a des gens qui malgré leurs belles paroles, cachent des démons au creux de leur gorge. 

Comme ces parfums qui disparaissent au gré des saisons.  



J’ai vécu un amour impossible, un amour à lever le cœur, un amour qui a duré quelques heures à peine. 

Vous savez, comme un coup de foudre, une sensation d’infinité, un sentiment de l’amour d’une vie ?

Un amour impossible, oui. 

Photo Davide Ragusa

Vibrances d’été

Vendredi soir, l’été arrive enfin et tout doucement. Il fait chaud, malgré le fait que le soleil soit maintenant couché. Les rues de Montréal sont bondées. Je marche rapidement, mes yeux croisent plusieurs regards. C’est enivrant ; les gens sont beaux.

Je dois la rejoindre près de la scène du spectacle qui se donne à l’extérieur. Elle m’a dit qu’elle serait en première rangée. Mais il y a beaucoup de gens et c’est presque impossible de me faufiler entre toute cette foule. Je lui envoie un message texte. Sans réponse. 

J’essaie d’avancer tranquillement. Rien à faire. Je ne passe pas. Le spectacle commence, je me dis que je peux essayer de passer entre les gens au fil de la soirée. Je reste là.

La musique est bonne. Il fait noir, les têtes sont éclairées par les projecteurs de la scène. Il fait chaud. L’odeur de l’été est là. Les corps transpirent, la sueur des gens se mélange et émane au-dessus de l’amas de personnes. C’est magnifique. 

Je lève les yeux. Mon regard tombe direct dans celui d’un étranger qui m’observe avec une confiance déstabilisante. J’ai un drôle de frisson et j’ai l’impression qu’il le ressent à même les quelques mètres qui nous séparent. Il continue de me regarder, il me sourit.

Il s’approche tout doucement, faisant serpenter son corps entre ceux des autres parmi la foule. Il réussit à passer, comme s’il était destiné à me rejoindre. L’énergie qui émane de sa peau me rend tout doux ; c’est la première fois de ma vie qu’un homme me fait cet effet. Il s’approche de plus en plus, je suis un peu nerveux.

Il arrive à mes côtés, il colle son bras contre le mien. Connexion, magnétisme, fusion. J’ai un drôle de vertige qui me tient à peine debout. La musique m’envoûte, tout comme le bel inconnu à mes côtés. Sa main flâne autour de la mienne, de mon bras, de ma cuisse et finalement de mes hanches.

Ses doigts commencent à caresser mon sexe qui durcit au travers mon pantalon. Son odeur me rend fou, sa barbe, ses yeux en amandes, sa bouche, sa peau ambrée qui brille sous les projecteurs… Il m’ensorcelle et je me sens complètement impuissant à ses côtés. 

Je le regarde du coin de l’œil, il est simplement là, près de moi à me ressentir et découvrir mon énergie. Je suis en transe pour et avec lui ; j’ai un coup de foudre qui transperce mon corps et mon cœur. 

Ses lèvres se promènent au creux de ma nuque, j’ai l’impression que je vais m’évanouir. La musique qui me berce, son odeur qui fusionne à ma peau, son corps contre le mien, sa langue qui possède et berce tous les sens de mon âme…

Je suis à court de souffle tellement mon niveau d’excitation est élevé. Il le ressent, il accélère la cadence du frottement de sa main contre mon sexe. J’essaie de me calmer et de contrôler ma respiration, mais j’en suis incapable ; je jouis en lâchant un soupir caché sous la voix de la chanteuse. Je ferme les yeux, ses doigts glissent entre les miens, il serre ma main très fort. On se regarde encore dans les yeux, c’est vrai et fort. Comme si on se reconnaissait finalement. 

Mon cellulaire vibre au creux de ma poche et me sort durement de ce moment avec lui. Je relâche sa main pour sortir mon téléphone. Elle m’a répondu : « Je suis en avant, essaie de me trouver, je vais lever les bras pour que tu me voies. Passe entre les gens, je t’ai gardé une place près de moi ! »

Je le range à nouveau à l’intérieur de ma poche et je reprends sa main. Je la serre fort. Et je reste là, avec lui. Au milieu de la foule inconnue qui m’a fait ressentir les plus belles vibrances de l’été. 

Photo Jacky Zeng