Résonances

Je t’écris parce que tu ne veux plus me parler. Je n’ai plus le choix, je n’existe plus nulle part. Pas même dans tes pensées. Tu as effacé nos archives de conversation sur Instagram. C’est la fin.

Je suis tombé en amour avec toi, à coup de doigts qui glissent sur mon écran de cellulaire. J’ai magasiné mon amour pour toi et comme ça, dans le feu de l’action où ma rétine défonçait la porte de mon écran de téléphone intelligent, aucune limite – pas même celles du virtuel ne pouvaient m’arrêter, je suis tombé de haut. Comme un saut en parachute copy paste sur les ailes d’un albatros. L’atterrissage parfait.

J’ai dépensé mon super like sur toi, mon premier envol, comme une colombe lancée dans les airs d’un mariage à la chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours. Ce premier cri, joué sur les mêmes notes qu’une chorégraphie de ballerine, je l’ai offert au monde entier, refoulant les limites du raisonnable, dépassant le mercure en rétrograde et en jouissant de recevoir un match parfait avec toi. Enfin, ma belle et douce danseuse, tu viendrais faire glisser le bout de tes pointes la nuit entre deux aurores boréales sur mon plancher de bois déteint craquant sur Beaubien.

Je me suis caché sous ma douillette pour te texter, le visage éclairé par la lumière agressante du logo de Tinder. Un feu allumé, comme celui que tu allais braiser au creux de mon ventre avec tes lèvres, tes hanches et ta bouche en cœur. Enseveli sous la couette, j’ai terminé ma course avec mon propre plaisir, tellement tes mots résonnaient en prose. Je te lisais à voix haute, belle poétesse qui enroulait mes sens et mes délires.

J’étais à vif, une plaie immortelle que tu grattais à distance, tes talons faisant raisonner mon impuissance face à toi. La nuit voulait m’arracher à toi, mais la rapidité de mon flot de débit de parole me retenait de m’endormir à même le téléphone portant. Je t’ai aimé tout de suite, sans fractions, sans arrêt, sans même hésiter une seule seconde. Je savais qui tu étais, je te reconnaissais. Et je t’attendais. Depuis toujours.

On a quitté notre nid Tinder pour aller s’enfouir plus loin dans les horreurs des DMs d’Instagram où l’attente interminable de l’acceptation de mon message privé pesait lourdement sur ma conscience milléniaire. 4-5 likes plus tard de tes becs lancés aux inconnus et moues provocantes en attendant ton fameux comeback d’un réseau à un autre, j’ai eu le temps de m’abandonner à l’imagination de ton corps sur le mien. Comme une anguille glissante et grisante sur nos peaux satinées.

T’inviter chez moi n’aura pris que quelques aléas plus tard, composés sur la musique de ton corps que je voyais en trance, suspendu au-dessus de mon lit à t’imaginer belle comme le jour et fraîche comme une tulipe en plein mois de mai. Ton âme nue, dévêtue devant mes yeux, à la merci de ma bouche sur ton sexe. Belle folie que je caressais déjà en cachette, à m’adonner à mon jeu personnel en attendant l’écho déferlant au loin de tes talons hauts sur ma rue.

Te voir traverser l’antre de ma porte d’entrée m’a renversé, un chamboulement réel et tangible, comme toutes les pierres de mon cœur qui s’affaissaient en vacarme incroyable. Je suis certain que tu as entendu et senti mon cœur se détacher de ma cage thoracique. C’était l’oiseau qui brisait finalement sa cage, le bruit fracassant du métal sous son bec et ses griffes.

Ta bouche s’est collée rapidement à la mienne, mante religieuse dangereuse, tu m’as prise en captivité entre tes jambes infinies. J’y suis resté pris, j’ai longuement agonisé, caché en toi, au creux de la découverte de ta caverne de cristal. Et notre danse à deux a finalement débuté, le tango de notre amour sonnait sa première note. Araignée tissant son cocon d’amour d’une nuit.

L’écume fumait entre les écailles de la peinture défraîchie de mes murs, brumeuse mousse qui s’évadait de nos bouches à nos cœurs. C’était comme un lichen empoissonné, je sombrais dans les découvertes de ta forêt, celle que tu dévoilais seulement à ceux et celles qui s’aventuraient dans les conifères de tes yeux sombres.

Ton corps vibrait au même rythme que le mien, danseuse au corps parfait qui flottait comme un nuage de boucane soufflé à même les narines d’un dragon.

Tu m’as fait l’amour comme une rose éternelle, tapissant chaque moindre petit recoin de mon cœur libéré de tous ses songes noirs. J’étais terminé, couché, faible, fatigué et mort ; agonisant pour ta peau encore et encore, comme une bête horrible et baveuse, à te regarder te rhabiller.

« Ne me quitte pas. »

Mais cet écho lancé sans réfléchir t’a fait sourire, à regarder et observer le pauvre type, ce gamin qui continuait de sommeiller en moi, à brailler et râler comme un chacal affamé. J’ai fini par m’endormir sans toi, au fond de mon lit d’enfant, à pleurer toutes les larmes de mon corps comme un vilain petit canard à la patte cassée.

Mon réveil brutal sans toi m’a projeté à des années-lumière de la réalité et la folie s’est emparée de moi. Devenu funeste personnage, le sang m’a monté à la tête — emplissant les veines de mes yeux injectés de souffrance, je t’ai texté à la rapidité de l’éclair, comme un fou, comme une cloche, comme un harceleur. J’ai vraiment tout gâché, tout craqué, tout scrappé.

Je t’ai écrit aujourd’hui parce que tu ne veux plus me parler. Aucun choix, mon existence est inconnue. Encore moins dans tes pensées. Je sais que tu as effacé nos archives de conversation sur Instagram. Tu ne me réponds plus. Je suis pris avec les résonances de mes doigts en feu qui tapent sur mon écran de cellulaire.

J’ai deleté Tinder. J’ai repeint mes murs.

C’est la fin. Enfin.

Photo Karen Alsop

C’est beau

Mon cellulaire sonne encore. C’est beau, je me lève.

J’arrive pieds nus dans la cuisine, effet de glace, comme un iceberg qui me traverse des orteils aux oreilles. Titanic contemporain. Ma vie amoureuse est un naufrage lamentable.

Je tartine à la margarine chaude un vieux pain qui traîne sur le comptoir vide. Vestige d’une soirée arrosée de vins et fromages mous. Plate, vie plate. J’essaie encore de l’oublier en m’alcoolisant le corps et l’esprit chaque soir. Je vogue et vague entre les mers des alcools cheap et des lacto fermentations sans goût.

J’ouvre le frigo. La maudite vieille pâte de coing me regarde, éventrée par des matins plus égayés par les rayons de soleil de ses yeux. Solitude.

Je suis prise dans la lenteur et le désert de mon appartement fade sans lui. Je vais encore pleurer toute seule dans la cuisine, les cheveux gras et en retard à mon job de marde.

Je me souviens du soir où il m’a laissée. Le lendemain, je pleurais en plein milieu d’un brunch sans goût ni couleur sur Masson. Ma cousine était devant moi, la face surplombée par le rouge vif de ses joues et sa peau sableuse qui menaçait d’exploser chaque seconde, tellement le froid lui crevassait les pores.

« C’est pas si pire que ça, tu fais comme si tout était tragique. T’sais, un an de relation c’est pas comme cinq ans. Tu ne peux pas comparer ça. Anyway, c’est pas comme Francis et moi, dans le fond. Tu catch ? »

Oui Sandrine, je catch.

Sauf que j’ai l’impression que depuis cette rupture, je ne retrouve plus rien. Plus le goût à rien. Plus le goût d’aller nager des longueurs interminables à la piscine, plus le goût de lire et relire Duras, plus le goût de sortir prendre un coup avec mes amis, plus le goût de faire la litière du chat, plus le goût de boire du café, plus le goût de me laver, plus le goût de respirer.

Plus le goût de rien. Rien. Rien de rien.

Sandrine dit que je dois catcher ça. C’est beau, je catch.

Mais je n’avance plus, comme dans mes rêves. Toujours la même chose. Je marche vers nulle part. Dans un raz-de-marée de sable, je cherche à m’abreuver. Ma gorge est parsemée de cactus qui tuent mon œsophage lentement. Ça chauffe. J’essaie d’avancer, mais mes pieds se noient tranquillement dans un sable rugueux et humide. Au loin, des palmiers décorés de cœurs de papier découpés grossièrement voisins d’une chute d’eau. Je veux m’y rendre, un peu. Pas capable et pas vraiment le goût, au fond.

J’ai le soleil qui me plombe le visage, ma peau qui décolle en mue de serpent, mes doigts qui calcinent et fondent en cendres. Je suis toujours en train de brûler ce que j’essaie de toucher, en plein milieu du désert pitoyable de mon cœur broyé.

Et je tousse, je vomis de la pâte de coing sur mes pieds qui disparaissent de plus en plus dans le sable qui ressemble à de la mie sèche de pain. L’instant de fermer les yeux, je suis prise dans un sablier qui commence à se déverser sur ma tête. Je dois sortir, sinon je vais être ensevelie. Je cogne à la vitre, je crie, la chute d’eau au loin se transforme en iceberg, les cœurs tombent et déchirent des feuilles de palmiers qui partent au vent. Je retiens mon souffle et je me bouche le nez. Je me laisse mourir à petit feu.

Mon cellulaire vibre dans ma poche. Effet de réveil instantané, je dormais debout en plein milieu de ma cuisine défraîchie et triste comme le mois de novembre. Je regarde mon téléphone. C’est lui.

Mon ventre se serre. Encore les cactus dans la gorge. Papiers de cœur au vol-au-vent. Pluie de sable.

« Salut. Tu peux arrêter de penser à tout ça. Je sais que c’est difficile, mais ta cousine m’a demandé de t’écrire parce que… ben tu n’as pas l’air d’aller bien. Je comprends qu’une rupture, c’est une coupure, que c’est l’effet d’un désert sans fin, que c’est pas si rien. Je sais, mais bon. Je pense que ça suffit. Ça fait que, pour l’amour de ton toi, de ton toi-même, arrête. Pis tu peux jeter la pâte de coing. De la confiture de même, c’est bon longtemps, mais pas plus d’un an. Bye. »

C’est beau, j’ai catché.

Photo Andreea Popescu

L’amour au temps du confinement

Déjà plusieurs jours et semaines que je suis prise entre les quatre murs de mon appartement. Je regarde parfois par la fenêtre pour respirer un peu l’air et le soleil et je souhaite bientôt voir quelqu’un d’autre que mon propre reflet au quotidien. 

Je me sens seule, c’est difficile.

Difficile de ne pas sentir des mains sur ma peau, un corps contre le mien, des doigts curieux qui parcourent les courbes de mes hanches.  

Je suis fatiguée, je m’allonge. Silence total. Puis entre le sommeil et l’éveil, j’entends des gémissements. J’ouvre les yeux, j’écoute. C’est mon voisin d’à côté. Je me lève, je suis curieuse, j’avance près du mur.

Prudemment, doucement, un peu à tâtons. Apprivoiser l’inconnu. Ressentir. Vivre un peu. 

Je l’entends plus fort, je colle mon oreille contre le mur. On dirait qu’il le sent, qu’il le sait, car ses gémissements résonnent encore plus fort. Et il jouit. Fort, très fort. J’ai des petits courants électriques qui résonnent dans le bas de mon ventre. Je me couche le sourire aux lèvres.

Le lendemain matin, je le croise à l’extérieur alors qu’il part travailler et que je sors prendre un peu l’air. Il me sourit. Je fais pareil.

Le soir arrivé, je m’installe au même endroit que la veille. Et les gémissements reprennent de plus belle, ses gémissements à lui. Le manège recommence, je m’approche du mur — plus vite, pour mieux l’entendre et les chocs électriques s’intensifient dans mon corps. 

La jouissance. Le sommeil, l’éveil. Le croiser le matin. Le même jeu chaque soir, plus fort. Mes mains collées au mur, l’oreille tendue à lui. 

Mon corps ouvert et réceptif à ses bruits de peau et d’amour. Notre jeu persiste comme ça durant des jours, jusqu’à mon abandon à moi. À le rejoindre aussi dans ses touchers, ses découvertes, les bruits de bouche, les gémissements et les jouissances à deux.

Les sourires au coucher et à l’éveil. On commence à s’envoyer la main. Le soir, on jouit de plus en plus fort. Doucement, mais ardemment en même temps.

Et les fins de nous se transforment en rire, puis un soir en un message sur un de mes réseaux sociaux. Le matin, un sourire, le soir, un rendez-vous à deux mètres de distance, promis.

J’entre dans son appartement, on se regarde, on se déshabille lentement. Une douceur calculée entre chacun de ses mouvements, son corps en transe, comme figé dans le temps. Et il est beau, un mélange de sauvage et de vrai. Des bras à me prendre pour l’éternité, une peau qui caramélise l’été, des yeux sombres qui creusent le bas de mes reins.

Ensemble, comme ça, à bout de doigts, d’étreinte et de souffle, nos mains connaissent la chorégraphie apprise depuis des semaines au-delà du mur. À se saouler de nous qui jouissons, à baver d’envie et de désir, à être étourdis par les vertiges provoqués du corps de l’autre.

Plus rien d’inconnu dans nos mouvements, on se regarde dans les yeux, on se touche, on s’apprivoise à même un vrai deux mètres de distance respecté. 

Un index qui disparait entre mes jambes, un majeur aussi. Les muscles de son avant-bras qui se serrent et contractent. Il faut chaud, on se regarde, c’est là. Plus besoin de coller mon oreille au mur, plus besoin d’imaginer sa peau nue, plus besoin de penser à nous l’un sur l’autre. On jouit ensemble, en même temps, à se regarder et à se vouloir comme ce n’est pas possible. 

Une promesse, des rendez-vous tous les soirs jusqu’au déconfinement permit. Jusqu’au droit de pouvoir s’apprivoiser et s’embrasser.

En attendant, les jeux d’ombres et de lumière entre les murs et les sourires. Et les orgasmes. 

Photo Toa Heftiba

Un corps de miel d’été

Les heures sont interminables.

Dans l’attente forcée par le manque de liberté imposé, toutes les secondes qui passent se redirigent vers toi.

Constamment, dès que mon esprit est permis à l’égarement ou à des pauses d’angoisse incontrôlables, tu reviens vers moi en courant. 

Ce confinement, nécessaire à te retrouver, me fait nager entre les souvenirs et les mémoires de mon corps couché contre le tien. Je regrette tous ces moments où je n’ai pas tenu ta main plus longtemps. Où je n’ai pas porté mon ouïe à se souvenir de la mélodie des battements de ton cœur. Où je ne me suis pas assez perdue dans tes yeux.

Entre les frénésies de vouloir sortir, crier, muer mon corps à quelque chose qui n’est pas captif, je retiens tout cet amour qui m’habite pour toi en rêvant aux beaux jours d’été à tes côtés.

Et quand, la nuit, mes grands esprits font la paix pour sombrer vers le sommeil, ce sont les parties sensibles de mon corps qui s’éveillent.

Mes envies, mes désirs, mes passions. Les fantasmes nocturnes qui envahissent l’étendue de mon ventre contre des vagues en ondes se multiplient à l’infini. Ma peau devient mer et courants d’eau ravageurs, comme ceux qui raflent les icebergs et les plaquettes glacées du Nord de mon cœur.

Je fonds, je divague, je disparais. Comme mes doigts entre mes jambes, comme les secrets que je tente de retenir de me brûler vivante, comme ces mots que je t’ai déjà murmurés aux oreilles quand les beaux jours existaient encore. 

Mon corps fond et creuse le centre de mon matelas ; je deviens draps et édredon tant je m’abandonne. Une fleur qui s’ouvre, le pollen des pétales qui tachent mes doigts, la sève qui coule lentement contre la peau intérieure de mes cuisses. Des ailes me poussent contre les flancs, j’ai des frissons qui parcourent tout mon petit corps : je m’envole.

Petite abeille devient reine des apoïdes. Vengeresse quittant la ruche pour retrouver son nid. Son nid à l’autre bout du monde qui l’attend, qui attend, qui reste là à espérer le soleil et un nectar porteur de réconfort. Du miel collant contre les doigts, des soirées à boire aux lèvres des alvéoles, des pattes qui se frottent pour s’appeler.  

Comme le temps n’est pas mon allié, je fais de mes mots un compagnon pour oublier que la distance est difficile. Et que même les yeux fermés, je suis capable de te retrouver. 

On passera le printemps enfermé, mais on passera l’été à s’aimer.

Photo Vivek Doshi

Les folies des beaux jours

Mon amour,

Si je t’écris aujourd’hui, c’est parce que j’achève de patienter de te parler. Du temps à la distance, mon cœur bat un peu trop fort et de loin.

Je ne sais pas si j’ai toujours les bons mots pour m’exprimer, tant je les ai pleurés à penser à toi.

On pourrait prendre le temps de jouer à la chronologie de nous deux, à se rappeler quand et comment on est tombés si fort en amour l’un pour l’autre. 

J’hésite entre la tendresse de tes yeux et la souplesse de tes mains. Il y a toujours eu quelque chose de magique et de doux entre le mélange de tes prunelles à tes doigts. Comme un ballet, une danse infinie entre le tempo de ta peau et le sauvage de ton regard.

Obsession. Désir. Fantasme.  

Je me souviens de la première nuit d’amour, nécessaire aux battements de mon cœur, comme les artères qui pompent le sang de mon bassin à mon cerveau. Tomber de haut, comme un oiseau qui fend ses ailes frêles en coupant trop carré le coin d’un bâtiment. Je n’ai rien vu.

Aveuglée par tes mots et les vagues formées parmi les draps de ton lit, j’ai nagé les yeux fermés. Je me suis noyée. Les folies des beaux jours. Perdue entre deux ou trois de tes baisers, à ramer à contresens pour te retrouver.

Ton corps. Comme un phare en plein centre des brumes qui placardent les espaces vides de ma vie. Les bateaux qui passent, leurs chants misérables qui fracassent le silence des mers. Noyade.

Je suis triste. Je m’ennuie.

C’est difficile les matins sans tes bras autour de mon corps. J’imprime lentement les souvenirs de tes odeurs laissées chez moi. Reviens. Je ne sais plus comment me lever, comment sortir du lit, comment avancer. 

J’essaie de te faire l’amour de loin. Quand je jouis à l’infini, quand je pianote mes sentiments sur mon sexe, quand mes orgasmes atteignent le ciel et la terre, je pense à toi. Je vis en toi. Visualiser ton corps dans le mien allume toutes les passions qui m’habitent. 

Mais tu n’es pas là. Je cherche. Les deux bras plongés dans la houle de ta peau, je colle les algues vagabondes à mon ventre qui explose. Mirage. Aquaculture. Littoral. J’explore les limites et je ne trouve pas l’entre-deux. Myope du cœur. 

Sensation du vide. Tout le temps. Quand tu es à l’autre bout du monde. 

On se lasse et on se prélasse via les centaines de kilomètres. Te perdre. Pourquoi ? Non. Jamais.

Mon amour, si je t’écris aujourd’hui, c’est parce que je sais que je t’aime. Et que toi aussi. Je sais aussi que les folies des beaux jours sont les préludes aux nouveaux matins avec toi.

Je sais que t’aimer, c’est de ne plus jamais fermer les yeux la nuit. Et foncer vers l’inconnu, mon corps fondu au tien. Pour toujours. 

Photo Andrew Charney

Vendredi 17:00

Soirée qui s’annonce banale comme beaucoup d’autres, je dois aller travailler. On m’attend pour 17:00 et malgré le froid à se casser les os, il y a toujours une canicule durant la soirée parmi la foule de clients.

Tout se passe bien, je suis distraite. J’aurais préféré rester à la maison. Le bar est silencieux, peu de gens sont présents. Les heures passent lentement, mais sûrement. Les habitués passent faire un tour, comme d’habitude. Mes collègues sont prêts pour la soirée. 

Alors que je prépare un cocktail, je lève les yeux. Sur toi. C’est la première fois que je te vois. Tu me souris, mes jambes deviennent molles. Ma grande confiance habituelle se transforme en drôle gêne qui me déstabilise complètement. Tu es accompagné de quelques-uns de tes amis. J’essaie de regarder ailleurs, mais la carrure de ta mâchoire, la finesse de tes lèvres, l’abondance de tes cheveux, la cicatrice près de ton front, le feu dans tes yeux… j’ai une bouffée de chaleur qui me cloue au sol. 

Je respire et je reprends mes sens peu à peu. Je m’approche de toi, j’expire. Je dois te servir. Je prends ta commande, celle de tes amis. Santé, cheers, un shooter, deux shooters, trois shooters… mes jambes sont encore plus molles. 

Le temps défile sous mes yeux. C’est le moment de la soirée où tout le monde abonde autour du bar. Malgré le rush dans lequel je suis prise, chaque fois que je regarde vers toi, je te prends à découper finement mes hanches et mes fesses du regard. Et tu sais que je te vois. Ça t’excite.

Moi aussi.

Je bois d’autres shooters avec toi. On rit, nos mains s’effleurent, nos cœurs aussi. Il y a quelque chose de doux qui nous anime et qui habite soudainement nos corps. Tu me fais signe d’approcher mon oreille vers toi. Tu passes une main au creux de ma nuque. Je frissonne.

– Viens avec moi.
– Où..?
– Où tu veux.

Je te fais signe de me suivre près du couloir menant vers la salle des employés. Le feutre du rideau fait frissonner ma peau, tu accroches ta main à mon poignet. Tu m’attires vers toi et me colles au mur. Ta langue vient explorer tous les repères de ma bouche en cœur ouverte pour ton corps et tous tes sens. 

J’ai chaud. Très chaud. Ton corps se colle au mien, je détache tes pantalons. Ma main fouineuse vient chatouiller ton sexe excité. Tu respires fort dans mes oreilles. Je mords la peau délicate entre ton cou et ton épaule. Tu relèves ma jupe et une de mes jambes. Je sens tes doigts qui découvrent impatiemment mon sexe déjà humide. Tu râles près de ma bouche, je mords une de tes lèvres. Tu repousses mes hanches plus haut contre le mur. Et tu entres en moi. Fort.

Je frotte ma peau contre la tienne et m’agrippe à toi. Mes ongles marquent doucement tes épaules et tes reins. Je te demande d’accélérer. Je vais jouir rapidement, car tu m’excites énormément. Toi aussi, je le sens. Je te regarde droit dans les yeux.

– Viens avec moi.
– Quand ?
– Maintenant. 

Je resserre mon étreinte encore plus fort et je t’embrasse pour masquer nos cris mélangés à la musique qui fait vibrer le plancher sous nos pieds. Le corps encore en transe, je défroisse ma jupe et retrouve les sens que tu m’as tout doucement volés. Tu me pinces une fesse. Je ris. Toi aussi. 

On se rejoint au bar, tu me fais un clin d’œil, je te souris. Je t’offre un verre. Tu penches ta tête vers la mienne.

– Viens avec moi.
– Encore ?
– Oui encore. Et pour toujours.

Photo Christopher Burns

250 kilomètres d’amour

C’est le temps des neiges nocturnes et des pluies fines.

La nuit, parmi les étoiles des sapins et des brillants des cadeaux, mon cœur s’emballe et s’excite au même rythme que sa peau qui me respire à distance.

Je pense à lui constamment, comme une galaxie infinie et des secrets chuchotés aux oreilles, mes lèvres sont un tambour qui claque et frissonne sous les coups de ses paumes collées à mon ventre.

Je l’aime.

Comme une anguille qui serpente toutes les mers du monde, s’abreuvant aux vertèbres des autres animaux marins, cherchant sans cesse et sans relâche un sable chaud pour se reposer.

Un soleil brûlant m’habite quand il dit mon nom. Les flammes s’alimentent de mon sang. Le cœur de ce dernier se loge au creux du mien pour ne former qu’un et faire battre toutes les grandes chaleurs de mon sexe. 

Mélodie qui résonne et rayonne au creux de mes tympans, comme les plus merveilleuses symphonies jouées du bout des doigts ; c’est sa chanson à lui que je répète et fredonne du bout de la langue. 

Son corps dans le mien transporte et berce toutes les misères que mon cœur a supporté. Cachée au creux de ses bras, habillée par sa peau humide et chaude, je ronronne et réveille mes propres abysses quand son odeur se tatoue près de ma bouche.

Je le goûte à distance, doux souvenir de sa peau de septembre qui scintille dans la folie de mes draps. Quand je ferme les yeux, je peux retrouver ses yeux parmi toutes mes mémoires. Les oreilles grandes ouvertes, l’écho de son rire transperce les millions de kilomètres qui nous séparent. 

Mes propres doigts qui effleurent les courbes de mes hanches aux eaux de mes cuisses sont mon sacrilège et un sort que je me jette pour retrouver un semblant d’effet de ses mains. Je me fais l’amour en pensant à lui, mes jouissances deviennent les siennes et je crie en puissance pour que ses sens s’éveillent en même temps que les miens.

Le temps est immortel à ses côtés et les heures deviennent des secondes quand je sens son cœur battre contre le mien. Rien à voir avec les sensations de montagnes russes ordinaires, lui, il est plus que capable de faire vibrer et briller mon corps au-delà des vertiges de toutes les galaxies.

Cet homme est la raison pour laquelle mes yeux sont ouverts sur toutes les ambitions, les désirs, les envies, les possibilités et les passions dont mon âme rêve.

Ces paroles que je chante et récite sont les refrains infinis fredonnés au cœur de toutes les villes de la planète entière pour que son nom soit connu de tous et chacun. Homme d’une vie, mémorable et inoubliable, c’est lui qui habite mes pensées et qui mérite toutes les louanges espérées d’un cœur amoureux.

Je n’ai pas assez de temps pour lui dire à quel point et comment je l’aime, mais j’ai tous les mots du monde pour lui écrire tous les jours, et ce, jusqu’à la fin des temps. 

Photo Sarah Dorweiler

Mélodie immortelle

Dans les échos secrets de la nuit, j’ai parfumé ma nuque à l’aide de son odeur restante déposée sur mes draps.

Quand son corps découvre le mien, c’est le monde entier qui s’ouvre à moi, abandonnant ses failles et ses faiblesses. L’amour, je l’ai découvert grâce à lui. Cœur de fille et corps de femme, des flammes se sont emparées de mon ventre pour l’allumer à nouveau. 

J’ai fait l’amour avec lui dans le plus grand des silences pour entendre son cœur battre entre mes jambes. Cette première fois où je l’ai aimé, des tambours ont résonné dans toutes les villes avoisinantes. Comme ça, tout doucement, une douce symphonie est née entre nous.

À parcourir les instruments de musique de sa peau, j’ai gratté les cordes de ses désirs. Renaissance. Découverte. Passion. Mélodie immortelle.

Allumées par le brasier de ses lèvres, mes jambes se sont ouvertes pour le laisser pénétrer dans la cage de mes secrets les mieux gardés. Corps à corps, des bruits de peaux mouillées, je lui ai fait un amour comme on ne lui a jamais fait auparavant. Une première fois à tout, comme les premières notes apprises sur la blancheur vulnérable d’un piano. Les notes graves, je les ai découvertes lorsqu’il a joui en moi.

Je l’ai aimé. Vite. Sauvagement. Amoureusement. 

On ne passe pas assez de temps à apprécier le doux de nos conquêtes, c’est pourquoi peu en font de bons amants. 

On n’écoute pas assez les chansons chuchotées au creux de nos oreilles, c’est pourquoi peu d’entre nous tombent amoureux.

On ne veut pas assez se laisser toucher, c’est pourquoi plus personne ne sait aimer les caresses échangées entre les rayons de lune et les aurores brumeuses du petit matin. 

Au premier contact de sa peau sur la mienne, mon cœur a émis de curieuses vibrations. Gênée, j’ai quand même laissé la tentation de ses mains jouer avec la guitare de mes hanches. Faire l’amour avec lui, c’est voyager partout dans le monde. Les yeux portés vers le ciel, ses lèvres lovées au creux de ma nuque et le sexe poignant d’amour, on a découvert que le passé pouvait rester derrière nous. Et que l’avenir était la seule chose qui nous intéressait. 

Lui, il a ouvert toutes les voies qui m’étaient encore inconnues vers un nouveau monde. Le présent, je le vis au quotidien à ses côtés. Sa main fondue à la mienne.

Lui, il a pansé toutes les blessures que le monde entier a pu laisser sur ma bouche et le bout de mes doigts. Blessée, la fleur de l’entrée de mes cuisses a fleuri à nouveau. 

Lui, c’est le printemps. Et je n’ai plus envie de connaître d’autres saisons maintenant. 

Photo Daniel Spase

Le rêve

Fin de la journée. Je me glisse sous les draps. J’ai sommeil, mais mon esprit vagabonde de droite à gauche essayant de retrouver et de ressentir le souvenir de ta peau sur la mienne. 

Je ferme les yeux, je pense à toi.

Mes mains deviennent les tiennes. Le bout de mes ongles glisse autour des aréoles de mes seins. Je frissonne doucement et ma bouche se remplit de salive. Deux de mes doigts viennent vagabonder près de mes lèvres, je lèche ces derniers. 

Curieux, ils se glissent pas à pas vers mon sexe affamé qui appelle le tien à des centaines de kilomètres. Je respire, j’expire, ils se lovent autour des marées qui se créent entre mes jambes. Ils ont soif de retrouver la raison de leur passion, ils ont faim de redécouvrir un battement de cœur sur leur peau.

Ils entrent doucement tout d’abord, puis plus fortement pour s’agripper contre les parois de mon petit corps en famine pour ta bouche. Ma poitrine se gonfle, mon ventre veut exploser. Je fais des mouvements de va-et-vient et mon autre main vient accompagner sa voisine pour éveiller mon bouton d’or. 

Je me fais l’amour en pensant que c’est toi qui fait bouillir mon corps. Je veux que ce soit toi qui me touches, qui m’emportes, qui me fasses jouir. Je berce ma peau pour la réconforter, je parle à mon sexe pour l’exciter, je flatte l’entrée de mes cuisses pour la câliner. 

Je me retourne sur le ventre et j’allonge tout mon corps, une jambe légèrement relevée. D’une main, je m’accroche à la tête de lit pendant que mon bassin se concentre à vibrer doucement contre l’autre, collée à mon clitoris. Je me colle et m’absorbe envers moi-même, je vais venir et exploser. Je vais plus vite, j’accélère, ma respiration se fait vive, mon sexe commence à s’ouvrir.

Je me frotte plus fortement, je couine, je me mords la lèvre et l’instant d’un souffle j’imagine tes yeux qui disparaissent entre mes jambes. Je te vois là devant moi, à sentir et désirer toute la puissance de mon corps qui appelle le tien avec passion et fougue. Je te vois là à t’approcher et réclamer ta place sur et en moi. Je te vois avancer pour me mordre, m’embrasser, me toucher. 

Tu es devant moi.

Et enfin, tu entres. J’ouvre les yeux, c’est là, je le sens. Je jouis sur ma main, inondant ma peau douce comme de la soie et mouillée comme les eaux de la mer de ton cœur. Je me noie un peu, chambranlant entre le rêve, le sommeil et la réalité…

Est-ce que je rêvais?

Photo Viktor Juric

Étoiles infinies

Ma belle, ma douce et ma sauvage. Ondule, roule et brille sur ma peau comme un mirage. Ta bouche affamée pour mon corps et mon sexe bave d’envie devant tes yeux remplis d’étoiles infinies.

J’avance comme une chatte devant toi, cambrée comme un fauve qui chasse et guette ton cœur de gazelle.

Allez, avance, c’est ça. Embarque sur moi. Fais-moi vibrer, encore et encore. Prends-moi, possède-moi. Mon corps t’appartient. Amour d’une vie.

Je m’assois sur toi. Rien ne peut m’arrêter, je me donne à toi. J’ai envie de nos corps en un seul.

Je te sens et te lèche. À distance comme devant, ton corps je le sens partout et dans les ailleurs. Je te cherche constamment. Odorat aiguisé à frotter ma bouche sur ta peau pour tatouer mon odeur au creux de ton épiderme à tout jamais.

Je courbe mes hanches, serpentant sensuellement sur ta peau chaude et mouillée. Et je te fais entrer comme ça, sans crier gare. Mes doigts glissent dans ta bouche.

Oui, ma beauté. Femme fatale que tu es, sexuelle et sensuelle. À frotter tes sens et ton sexe sur mon bassin. Je touche tes seins, je laisse couler ma salive entre tes cuisses. Fais bouger mon corps au rythme du tien.

Je te contrôle. Je veux me faire jouir sur toi. J’ai besoin de jouir sur toi. Tu m’excites, comme ça ne fait pas de sens. Ma tête en 360, une toupie en alchimie, mon cœur rempli de tornades, des vertiges plein le ventre, mon corps en vagues ondulantes… tu me fais vivre.

Ton sexe se contracte sur le mien. Les vagues se lèvent entre mes cuisses, toute la houle du monde se balance et se berce en un seul océan qui rejoint les tempêtes de ton corps. Je veux jouir en toi. Maintenant.

Allez, viens, c’est ça. Jouis en moi. Redécouvre-moi, mon corps, mon cœur. Fais crier tous les sens et les odeurs de ma peau reluisante et saignante pour ta bouche en agonie.

Jouir te fait jouir. Tu me rejoins en une seule et unique symphonie. Nous deux qui perçons et déchirons le silence de la pièce. Nos cris de jouissance en harmonie, comme un chœur infini. Toi et moi, ensemble et pour toujours.

Mon âme qui s’ouvre sur la tienne, mes yeux qui valsent et s’échappent dans le courant de nos chocs électriques. Vibrations. Naufrage. Harmonie. Douceur. Vrai. Sensualité. Amour. 

Toi et moi, encore et toujours. 

Photo Fabrizio Verrecchia