Negroni

Je suis accoudée au bar, nonchalante et je regarde la télévision qui diffuse une reprise de match de hockey sans son. C’est vendredi soir et l’endroit est plein à craquer. Ma solitude devient alors moins lourde à porter.

Je me suis rendue ici juste après le dernier meeting au bureau, je suis épuisée et mon veston me colle au dos. Je regrette tellement la jupe que je porte, je suis très inconfortable — je n’arrête pas de tirer cette dernière vers le bas. Mes talons hauts me tuent les pieds et je ne pense qu’à mon bain. « Un dernier verre et je m’en vais », que je me dis.

Je fais signe au barman de me servir un autre Negroni — ce qu’il s’empresse de faire suivit d’un clin d’œil. Je n’ai pas le désir ou l’envie de me faire charmer ce soir, je n’ai pas la tête au sexe — encore moins aux hommes. Trop occupée. Trop indépendante. Trop ailleurs. Merci, mais non merci.

Un gars arrive à ma gauche et me bouscule un peu. Il dépose sa main sur mon bras, me regarde droit dans les yeux en me disant « Excuse-moi » et il reprend sa conversation avec un autre homme. J’ai un drôle de vertige, mais je retourne rapidement à mon match de hockey. Ce n’est vraiment pas mon genre, de toute manière. Et je n’ai pas la tête à ça, ce soir…

Je termine mon verre, je ramasse mon manteau et il m’accroche à nouveau.

« Negroni? Un dernier avant de partir ? »

J’hésite, il me sourit, j’acquiesce malgré moi. Il se présente et son ami quitte juste après lui faisant signe de l’appeler plus tard. Bien joué.

On parle de tout et de rien. La conversation est étrangement très fluide. Je n’ai pas l’habitude de m’intéresser à ce genre d’homme. Mais il y a quelque chose de particulier qui émane de lui, son énergie, son aura, son charisme… son parfum m’absorbe et m’envoûte.

La soirée va bon train, j’ai bu un verre – ou deux de trop. Je ris beaucoup et je m’approche énormément de lui. Ma stature de femme forte se transforme rapidement en celle d’une femme douce et légère ; mes barrières tombent tranquillement.

Il m’invite chez lui, j’accepte. On prend un taxi et on se regarde beaucoup durant le trajet. Je tire souvent ma jupe, sa main se love doucement sur ma cuisse. Ses gestes ne sont pas sexuels, mais sensuels. Et j’ai vraiment envie de lui.

On arrive enfin devant sa porte. J’enlève mes chaussures en entrant tout en me plaignant un peu et je laisse tomber mon veston sur le sol.

« Laisse-moi m’occuper de toi. »

Je ris un peu, mais je me laisse faire. Il me prend dans ses bras et me couche sur son lit. Il commence à me déshabiller tout doucement. Le bout de ses doigts glisse sur ma peau, je frissonne. Il me regarde droit dans les yeux. Ça me déstabilise.

Il s’approche de mon visage et m’embrasse enfin — comme je n’ai jamais été embrassée. J’ai l’impression qu’il reconnait ma bouche, comme si nos lèvres fondaient ensemble. J’ai chaud. Très chaud.

Sa langue quitte la mienne pour se diriger vers les aréoles de mes seins. Ses dents mordillent gentiment mes mamelons, je frissonne encore. Sa bouche glisse jusqu’à mon nombril pour terminer sa course vers mon sexe.

Et il me goûte. Avec faim. Avec envie. Avec désir. Il reconnait mon corps — comme s’il avait toujours été connecté à ce dernier. Un doigt, puis deux viennent se glisser en moi et les vagues se lèvent, la mer entre mes jambes se fait ressentir. Je lui demande d’entrer en moi, suppliante pour son sexe, désirant venir sur ce dernier.

« Je veux te faire jouir en premier. Je vais te prendre après. Te prendre comme tu veux. »

Une minute n’est même pas passée que j’inonde ses doigts, sa bouche et ses draps.

Il remonte vers moi et trouve sa place. Sa place à lui que je lui offre, lui donne, lui promets. Il me fait l’amour comme jamais un homme ne m’a caressé auparavant. J’ai des vertiges qui n’en finissent plus. Il me retourne finalement et relève mes hanches.

Il entre encore, mais plus fort. Il s’accroche à mes hanches et une de ses mains quitte mon bassin pour claquer le pli entre ma fesse et ma cuisse. Je me mords une lèvre, j’ai encore envie de jouir.

Sa main glisse de ma fesse jusqu’à mon clitoris qu’il épouse avec délicatesse et précision. Il sait comment et quoi faire. Comme s’il me faisait jouir depuis des années, depuis des lunes, depuis toujours. Je n’en peux plus, je lui demande de jouir avec moi. Il se dépêche de me recoucher sur le dos, empoigne son sexe et se masturbe devant moi tout en me touchant en même temps.

Il jouit sur mon pubis, mon ventre, mes seins — en même temps qu’il entend mon petit cri d’amour. On se respire un peu, on se colle, on se caresse. Je me cache timidement près de sa nuque et il embrasse le bout de mon nez.

Il me demande si je veux dormir à ses côtés. J’accepte. Il me propose quelque chose à boire, je souris.

« Un dernier Negroni, pour le dodo ? »

Je ris et lui aussi — devant la télé allumée dans sa chambre qui diffuse encore la reprise du match de hockey.

Photo Elliott Blair