Vibrances d’été

Vendredi soir, l’été arrive enfin et tout doucement. Il fait chaud, malgré le fait que le soleil soit maintenant couché. Les rues de Montréal sont bondées. Je marche rapidement, mes yeux croisent plusieurs regards. C’est enivrant ; les gens sont beaux.

Je dois la rejoindre près de la scène du spectacle qui se donne à l’extérieur. Elle m’a dit qu’elle serait en première rangée. Mais il y a beaucoup de gens et c’est presque impossible de me faufiler entre toute cette foule. Je lui envoie un message texte. Sans réponse. 

J’essaie d’avancer tranquillement. Rien à faire. Je ne passe pas. Le spectacle commence, je me dis que je peux essayer de passer entre les gens au fil de la soirée. Je reste là.

La musique est bonne. Il fait noir, les têtes sont éclairées par les projecteurs de la scène. Il fait chaud. L’odeur de l’été est là. Les corps transpirent, la sueur des gens se mélange et émane au-dessus de l’amas de personnes. C’est magnifique. 

Je lève les yeux. Mon regard tombe direct dans celui d’un étranger qui m’observe avec une confiance déstabilisante. J’ai un drôle de frisson et j’ai l’impression qu’il le ressent à même les quelques mètres qui nous séparent. Il continue de me regarder, il me sourit.

Il s’approche tout doucement, faisant serpenter son corps entre ceux des autres parmi la foule. Il réussit à passer, comme s’il était destiné à me rejoindre. L’énergie qui émane de sa peau me rend tout doux ; c’est la première fois de ma vie qu’un homme me fait cet effet. Il s’approche de plus en plus, je suis un peu nerveux.

Il arrive à mes côtés, il colle son bras contre le mien. Connexion, magnétisme, fusion. J’ai un drôle de vertige qui me tient à peine debout. La musique m’envoûte, tout comme le bel inconnu à mes côtés. Sa main flâne autour de la mienne, de mon bras, de ma cuisse et finalement de mes hanches.

Ses doigts commencent à caresser mon sexe qui durcit au travers mon pantalon. Son odeur me rend fou, sa barbe, ses yeux en amandes, sa bouche, sa peau ambrée qui brille sous les projecteurs… Il m’ensorcelle et je me sens complètement impuissant à ses côtés. 

Je le regarde du coin de l’œil, il est simplement là, près de moi à me ressentir et découvrir mon énergie. Je suis en transe pour et avec lui ; j’ai un coup de foudre qui transperce mon corps et mon cœur. 

Ses lèvres se promènent au creux de ma nuque, j’ai l’impression que je vais m’évanouir. La musique qui me berce, son odeur qui fusionne à ma peau, son corps contre le mien, sa langue qui possède et berce tous les sens de mon âme…

Je suis à court de souffle tellement mon niveau d’excitation est élevé. Il le ressent, il accélère la cadence du frottement de sa main contre mon sexe. J’essaie de me calmer et de contrôler ma respiration, mais j’en suis incapable ; je jouis en lâchant un soupir caché sous la voix de la chanteuse. Je ferme les yeux, ses doigts glissent entre les miens, il serre ma main très fort. On se regarde encore dans les yeux, c’est vrai et fort. Comme si on se reconnaissait finalement. 

Mon cellulaire vibre au creux de ma poche et me sort durement de ce moment avec lui. Je relâche sa main pour sortir mon téléphone. Elle m’a répondu : « Je suis en avant, essaie de me trouver, je vais lever les bras pour que tu me voies. Passe entre les gens, je t’ai gardé une place près de moi ! »

Je le range à nouveau à l’intérieur de ma poche et je reprends sa main. Je la serre fort. Et je reste là, avec lui. Au milieu de la foule inconnue qui m’a fait ressentir les plus belles vibrances de l’été. 

Photo Jacky Zeng

Tatouage

Il fait déjà nuit. J’ai passé la journée entre les boîtes de déménagement et le rangement. J’ai l’impression de ne pas voir le bout du tunnel à tout ce fouillis, j’ai envie de dormir et de ne pas me réveiller pour trois mois.

Notre séparation est difficile, tellement difficile. Je ne mange pas, je ne dors pas, je ne respire pas. Ne plus t’avoir dans ma vie est un vrai calvaire infernal.

Je m’assois sur le divan nonchalamment, mon cellulaire vibre dans ma poche arrière. C’est toi. Mon cœur se serre. Tu m’écris pour savoir comment je vais, comment ça s’est passé, comment je me sens.

Mal. Mal. Mal.

Je te veux, je te désire encore. De tout mon être. Je pense à toi constamment, le temps ne veut jamais passer ; tout est figé. Comme une toile, une vague qui m’engloutit, un trou infini.

Tes mains sur mon corps, ma peau, mon être tout entier. Tes doigts qui glissent sur mon ventre, ma nuque, mes lèvres. Ta langue qui chatouille mes épaules, ma bouche, mon sexe.

Je veux te retrouver, me souvenir de toi et de nous deux.

Tu me faisais l’amour doucement, avec passion, tendresse et délicatesse. Tu me baisais comme un animal, une chatte hurlante, un fauve sensuel et érotique. Tu me prenais comme je voulais, en écoutant ma peau et mon sexe et en faisant vibrer mon corps, mon esprit et mon cœur.

Je verse une larme.

« Tu veux que je passe te voir ? »

Ce à quoi je m’empresse de répondre « oui » avec un emoji content et gêné. Je me sens stupide, mais je suis dans une spirale éternelle entre le virtuel, l’imaginaire et le réel ; je veux que mes pensées deviennent réalité. Je dois te sentir près de moi encore. À tout prix.

Ça cogne à la porte, c’est toi. J’ouvre, mon cœur se serre. Je ressens encore et toujours la même chose ; ta beauté me frappe et m’absorbe. Un vertige s’empare de moi lorsque tu t’approches pour m’embrasser sur la joue.

Une fraction de seconde ne suffit que pour transformer un bec amical en baiser passionnel. Ta langue s’entortille à la mienne, nos salives deviennent raz-de-marée et nos lèvres tempête à la mer. Le temps s’arrête et fige, enfin. Je sens que je peux respirer à nouveau.

Je tente ma chance et glisse une main confiante dans ton pantalon. Ton sexe mouillé répond à mes doigts et je plonge vers toi.

Tu me secondes et enlèves mes vêtements, tu m’étends sur le sofa et cache ta tête entre mes jambes. Ta langue sculpte mon sexe avec précision, comme tu sais si bien le faire. Des mois ont passé sans ta bouche sur mon corps, mais cette dernière a une mémoire et les souvenirs font rapidement surface lorsque le contact de nos peaux se fait.

Je jouis rapidement. Tu m’excites tellement. Mon sexe qui barbouille ton visage ne t’arrête pas, tu reprends ton rythme. Tu me connais et tu sais que je peux venir plusieurs fois. Alors tu continues en me regardant dans les yeux, en mordant tes lèvres et en les léchant. Pour m’exciter, me tenter, me faire flancher.

Et je jouis encore sur toi, sur tes mains et dans ta bouche.

« Veux-tu que j’arrête ? »

Non, n’arrête jamais. Je te veux toujours, partout, et tout le temps. Prends-moi ici, prends-moi là, je veux jouir dans et sur tes bras. Dans la chaleur de ton lit, dans le feu de mes draps. Je veux inonder tes doigts et ta bouche. Engourdir ta langue et tes lèvres. Je veux que ton sexe crie pour ma peau, pour mon cœur. Comme une bête agonisante, comme un loup devant la lune.

Et bête fatale que tu es, tu me vois ronronner et m’agiter, alors tu me tournes et relèves mon bassin. Tu entres en moi facilement, parce que je t’attendais. Comme je t’ai toujours attendu.

Rapidement on se rejoint, dans l’excitation du moment qu’on attendait de vivre ensemble à nouveau. L’orgasme sur lequel je jouissais en cachette depuis des mois sans toi à penser à ton corps, ta peau et ton sexe.

Tu as éveillé tes sens et les miens comme au tout début. Tu as retrouvé les flammes du feu braisé au fond de ton ventre. Tu nous as unis à nouveau, enfin.

Tu m’embrasses. Je te retourne le baiser.

« Je n’ai pas envie de m’en aller. »

Moi non plus. Alors je te demande de rester et je te donne une clé. Tu pourras venir te blottir dans mes bras sur mon sofa de mon nouvel appartement où tu as laissé ta marque.

La même que je porte déjà au cœur, sur la peau, dans mon corps, à tout jamais.

Comme un tatouage. 😊

Photo feliperizo.co

Six

Je suis très fébrile.

Je me prépare et j’hésite entre deux robes et deux paires de chaussures. Plus de rouge à lèvres ? Les cheveux attachés ? Un collier ou non ? Je suis nerveuse. Ce sont de légers détails, mais j’y tiens. Je veux être belle. Très belle.

Je rencontre à nouveau un homme que j’ai fréquenté quelques fois et il m’a promis une soirée extraordinaire à m’en faire perdre tous mes sens et ma raison. J’ai rapidement été conquise, moi qui bois littéralement toutes ses paroles et son savoir lorsque je suis à ses côtés.

Le seul fait de penser à lui allume tous les feux possibles au creux de mon ventre. Il excite mon corps oui, mais aussi mon esprit. Je le désire. Je le veux. Je le ressens. Tellement.

Je reçois une notification sur mon cellulaire, mon taxi m’attend en bas. Je rejoins mon rendez-vous à une adresse précise, je ne connais pas l’endroit — c’est à l’extérieur de la ville où j’habite. Plus d’une trentaine de minutes plus tard, j’arrive finalement à destination.

Il m’attend devant la maison, souriant. Il est beau, tellement beau. Je sens son parfum à des mètres avant même de le rejoindre. J’ai un coup de foudre dans le ventre ; il a créé une boule de chaleur en moi que j’ai de la difficulté à calmer.

Je m’avance, il m’embrasse. Il dit qu’on rejoint deux couples d’amis à lui pour souper. Je suis ravie, ça fait longtemps que je n’ai pas soupé avec quelques-unes de ses connaissances. On entre et l’accueil se fait convivial et sincère. Je me sens bien.

La soirée passe rapidement. Et les bouteilles de vin aussi. On sort finalement de table pour se diriger vers le salon où un feu de foyer est allumé. Notre hôte principal nous invite à boire du champagne, nous acceptons tous avec plaisir. Sa femme se lève pour mettre de la musique au moment même où mon amant glisse sa main sur ma cuisse et sa langue dans ma bouche.

Je suis excitée et lui aussi. Je le vois bien au travers son pantalon. Lorsque j’ouvre les yeux, j’aperçois les deux autres couples s’embrasser eux aussi. L’ambiance nous porte tous à des caresses et à de la tendresse. L’alcool, l’odeur du feu et la musique font leur effet escompté ; c’est enivrant.

Alors que je recule un peu, une des femmes s’approche de moi langoureusement avec des yeux de chatte. Elle s’assoit sur mon amant face à moi et lèche tendrement mes lèvres. Je me prête au jeu et j’accepte avec plaisir sa douceur : je l’embrasse avec passion. Mon amant commence à caresser mes seins alors que je touche ceux de madame en glissant mes mains sous son chandail.

Sur l’autre divan, nos hôtes principaux s’embrassent alors que le mari de celle que je caresse est agenouillé devant notre hôte à le prendre langoureusement dans sa bouche. Le bas de mon corps s’agite rapidement et celle que j’embrasse le ressent. Elle s’agenouille devant moi et retire ma culotte alors que mon amant sort son sexe de son pantalon. Elle glisse deux doigts en moi alors qu’elle prend son sexe à lui dans sa bouche.

Les halètements et les cris s’ajoutent à la musique ambiante dans la pièce. Les trois autres finissent par venir nous rejoindre — nous sommes tous nus. Mon hôte me regarde droit dans les yeux et s’approche de moi. Il me penche et me prend par derrière alors que sa femme s’assoit sur le rebord du sofa que je puisse la lécher et la goûter. Mon amant me claque les fesses, l’autre femme se fait pénétrer par ce dernier et son mari masturbe mon homme.

Les échanges se font naturellement, nous jouissons tous plusieurs fois avec les bouches, les doigts et les jouets. J’ai chaud, je bois du champagne, j’écoute la musique, je transpire devant le feu, je regarde mon amant se faire donner du plaisir, il me regarde me faire donner du plaisir, je me fais prendre, je prends, je donne, je reçois, j’inspire, j’expire, je profite, je jouis, j’aime.

Épuisés, les dernières jouissances se font entendre et sentir sur les canevas de peaux nues. Les derniers baisers sont échangés. Les dernières gorgées de champagne sont bues. Le feu s’attise et la musique joue ses dernières notes.

Je quitte avec mon amant en taxi. Il me dit qu’il veut dormir chez moi. Je l’embrasse, il me dit que je suis belle. Je ris en lui disant que j’avais tellement pris de temps à me préparer.

« Tu es toujours belle. Avec ou sans rouge à lèvres. Les cheveux attachés ou non. Un collier à ta nuque ou pas. Il n’y a pas une paire d’yeux qui ne tombe pas sur toi. »

Je le regarde dans les yeux, sa main glisse sur ma cuisse et sa langue dans ma bouche. Son haleine de champagne et de sexe se mêle à son odeur et celle du feu. Je ferme les yeux, j’entends encore la musique et les halètements. Et puis tout doucement, dans le taxi, je jouis encore sur ses doigts, la boule de chaleur en moi plus vive que jamais.

Photo Charles