L’éveil d’une vie

Collaboration AUDIO avec Mike Beaudoin

Tu es couchée. Je te regarde. Ta peau ambrée scintille sous les rayons d’un soleil naissant. Tes yeux de félin s’éveillent tranquillement. Tu passes une main dans tes cheveux et tu humectes tes lèvres. Tu me souris. Tu me donnes la chair de poule.

Mes doigts naviguent contre la peau sous mes fesses. De mon sexe à mes seins, mes mains caressent les vagues de mon corps. Je soulève des vents, marées et tornades en te regardant dans les yeux. Ma bouche appelle la tienne.

Je m’approche de toi, j’ai envie de te faire l’amour. Comme la première fois, comme un choc électrique, comme un trésor que l’on découvre près des sables blonds et des doux secrets de la mer. Ta peau, tes lèvres, ton ventre, tes seins, tes jambes… ta beauté me chavire et m’absorbe.

L’eau du creux de mon ventre abonde en inondation violente, l’entrée de mes jambes crie pour ta peau. J’ai soif pour ta sueur, faim pour ton corps. Du désir à l’amour, mon sexe bouillant me donne des vertiges. Viens me rejoindre, glisse ton corps près du mien.

Tu es belle. Femme fatale et animale, ma peau sur la tienne, je t’entends ronronner près de mes oreilles. Tu me fais perdre la tête et chatouille tous mes sens. Ton regard de chatte, tes courbes ondulantes, ta bouche fondue à la mienne… J’entre en toi, ton corps avait besoin du mien. Je gémis, toi aussi.

Je t’accueille. Mes jambes enrobent ton bassin, je m’agrippe et m’accroche à toi pour l’éternité. On se regarde dans les yeux, je lèche tes lèvres. Ma langue glisse contre la tienne, serpentant entre l’océan dans lequel tu essaies de nager sans te noyer.

Amour de ma vie, je laisse mes mains me guider vers toi alors que mon corps prend le tien. Je chatouille doucement ton sexe. J’ai envie de laisser les vagues de ta peau engloutir mon visage. Mes yeux suivent naturellement le chemin vers le bas de ton ventre – douce cachette où ma langue trace constamment ses allées et venues comme une carte de chasse au trésor.

Coeur de ma vie, tes lèvres embrassent les miennes – tu sais comment me retrouver. Une onde me glace le sang, mes muscles se contractent, mes ongles pénètrent ton épiderme, un cri, des spasmes, une crampe : je jouis sur toi et dans ta bouche. Tu as trouvé tous les diamants de mon corps.

Tu es couchée. Je te regarde. Ta peau ambrée scintille sous les rayons d’un soleil vibrant. La puissance de ton corps après l’amour, ta bouche chaude et asphyxiée, tes yeux qui fondent, le début de tes cuisses humides, tes joues rougies… tu es belle. Et je vais te regarder, t’observer et t’aimer comme ça, longtemps. Toutes les nuits. Tous les matins. Toute ma vie.

Photo JR Korpa

Catherine

Fin du week-end, dimanche soir.

La solitude du célibat se fait lourdement ressentir, je m’installe devant un film avec un verre de vin.

Une amie m’écrit, je lis ses messages, mais je ne réponds pas. Elle veut sortir, pas moi. Je regarde la télévision sans vraiment être attentive à cette dernière. J’ai la tête ailleurs. Deuxième verre de vin.

Je déprime et grise un peu ces temps-ci. L’ère moderne n’est pas facile pour tomber en amour. Je ne sais même pas si tomber en amour est encore un terme utilisé. C’est triste. Troisième verre de vin.

Mon écran de cellulaire s’allume encore. Je roule les yeux, voulant éviter de plus belle à répondre à mon amie, mais c’est une demande de message privé sur Instagram.

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Je suis déstabilisée, mais amusée. Est-ce le vin qui me monte à la tête ? Je ne sais pas. Mais je me sens attirée comme un aimant.

J’ai envie d’entamer la conversation. Je le fais.

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Mon cœur bat vite, fort. Et je m’emporte facilement.

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Me voilà donc engagée à rejoindre une personne que je ne connais pas. Jugement basé sur des photos. Des sourires. Des mots. Des moments qui semblent déjà doux.

Je m’habille rapidement, j’attrape ce qui me tombe sous la main. Je ne pense à rien. Mais mon cœur lui, oui. Lui, il pense tout le temps. Le pauvre, le gentil, le soyeux. Un petit bijou révélé au monde entier.

Je termine mon quatrième verre de vin. Je file vers le métro.

J’arrive, je ne la trouve pas. Je me fais clairement des attentes, malgré moi. Je soupire et je me retourne vers les marches pour m’en aller ; elle monte.

Mon cœur se serre, se craque et se déchire.

Mes yeux tombent dans les siens. La sensualité et la confiance qui émanent de son corps me fendent les jambes en deux.

Elle s’approche de moi et m’embrasse. Sur la bouche. Avec sa langue qui sillonne tout doucement chaque mètre vers mon cœur. Je suis en transe. Elle me prend par la main et me fait signe de la suivre, on reprend le métro. En silence. À s’observer et se lécher de loin, à distance. À se désirer comme ça ne fait aucun sens. Je transpire, le bas de mon ventre se réchauffe et j’ai l’impression que je vais perdre connaissance.

Elle est tellement belle. Son regard perce tous les murs vers mes sens. Animale rebelle, vilaine et sexuelle. C’est horrible comme j’ai déjà mal.

On arrive devant chez elle après une marche rapide sortant du métro. On entre et on s’embrasse. Vivement. Intensément. Passionnément.

Elle glisse ses mains sous mon chandail et pince doucement mes seins. Je mords sa lèvre inférieure. Elle me pousse sur le divan et me déshabille. Elle retire ses propres vêtements. Elle allonge son corps sur le mien et va cacher sa main entre mes jambes. Je sens ses doigts disparaitre à l’intérieur de mon sexe. Je jouis très vite, elle sourit. Elle me tourne et m’installe à quatre pattes. Elle mord mes fesses et lèche l’intérieur de celles-ci. Sa main amoureuse vient retrouver sa place en moi. Je jouis encore.

Je me tourne et la pousse sur le dos, ma langue glisse de sa bouche à sa nuque, à son ventre à ses seins, jusqu’à son sexe. Je la goûte, je l’aspire, je la sens. Son corps m’appartient. Elle se cambre comme une chatte, tire mes cheveux et retenant ma tête afin de jouir sur mes lèvres.

J’accélère le rythme, j’épouse son sexe avec ma bouche et mes lèvres, ma langue love l’entièreté de ce dernier. Je lève les yeux, elle me regarde. Elle se mord une lèvre et lâche un cri mêlant une rage d’excitation à de la satisfaction. Je viens m’installer à cheval sur elle, nos mains trouvent leur place.

On se regarde, on se comprend. Nos corps ne font qu’un, la lave de nos volcans se mélange et se réchauffe. Il suffit de peu pour jouir encore, mais ensemble cette fois-ci.

On finit par s’étendre un peu, en silence et enlacées. Je ferme un peu les yeux et me retrouve près d’elle le lendemain matin. Je me lève, elle ouvre les yeux et me sourit. Je la quitte en silence.

J’arrive chez moi, saoulée par elle, son odeur, son sexe, ses yeux, ses hanches.

Le souvenir de son corps sur le mien. Le goût de sa cyprine. L’odeur de son haleine.

Les vibrations de son cœur qui bat entre mes lèvres.

L’écran de mon cellulaire s’allume. Je le regarde.

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Je tiens mon téléphone près de mon cœur. Je lui réponds.

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Je souris. L’amour existe encore.

Et je l’ai trouvé dans les bras de Catherine.

Photo Sandro Katalina

Tatouage

Il fait déjà nuit. J’ai passé la journée entre les boîtes de déménagement et le rangement. J’ai l’impression de ne pas voir le bout du tunnel à tout ce fouillis, j’ai envie de dormir et de ne pas me réveiller pour trois mois.

Notre séparation est difficile, tellement difficile. Je ne mange pas, je ne dors pas, je ne respire pas. Ne plus t’avoir dans ma vie est un vrai calvaire infernal.

Je m’assois sur le divan nonchalamment, mon cellulaire vibre dans ma poche arrière. C’est toi. Mon cœur se serre. Tu m’écris pour savoir comment je vais, comment ça s’est passé, comment je me sens.

Mal. Mal. Mal.

Je te veux, je te désire encore. De tout mon être. Je pense à toi constamment, le temps ne veut jamais passer ; tout est figé. Comme une toile, une vague qui m’engloutit, un trou infini.

Tes mains sur mon corps, ma peau, mon être tout entier. Tes doigts qui glissent sur mon ventre, ma nuque, mes lèvres. Ta langue qui chatouille mes épaules, ma bouche, mon sexe.

Je veux te retrouver, me souvenir de toi et de nous deux.

Tu me faisais l’amour doucement, avec passion, tendresse et délicatesse. Tu me baisais comme un animal, une chatte hurlante, un fauve sensuel et érotique. Tu me prenais comme je voulais, en écoutant ma peau et mon sexe et en faisant vibrer mon corps, mon esprit et mon cœur.

Je verse une larme.

« Tu veux que je passe te voir ? »

Ce à quoi je m’empresse de répondre « oui » avec un emoji content et gêné. Je me sens stupide, mais je suis dans une spirale éternelle entre le virtuel, l’imaginaire et le réel ; je veux que mes pensées deviennent réalité. Je dois te sentir près de moi encore. À tout prix.

Ça cogne à la porte, c’est toi. J’ouvre, mon cœur se serre. Je ressens encore et toujours la même chose ; ta beauté me frappe et m’absorbe. Un vertige s’empare de moi lorsque tu t’approches pour m’embrasser sur la joue.

Une fraction de seconde ne suffit que pour transformer un bec amical en baiser passionnel. Ta langue s’entortille à la mienne, nos salives deviennent raz-de-marée et nos lèvres tempête à la mer. Le temps s’arrête et fige, enfin. Je sens que je peux respirer à nouveau.

Je tente ma chance et glisse une main confiante dans ton pantalon. Ton sexe mouillé répond à mes doigts et je plonge vers toi.

Tu me secondes et enlèves mes vêtements, tu m’étends sur le sofa et cache ta tête entre mes jambes. Ta langue sculpte mon sexe avec précision, comme tu sais si bien le faire. Des mois ont passé sans ta bouche sur mon corps, mais cette dernière a une mémoire et les souvenirs font rapidement surface lorsque le contact de nos peaux se fait.

Je jouis rapidement. Tu m’excites tellement. Mon sexe qui barbouille ton visage ne t’arrête pas, tu reprends ton rythme. Tu me connais et tu sais que je peux venir plusieurs fois. Alors tu continues en me regardant dans les yeux, en mordant tes lèvres et en les léchant. Pour m’exciter, me tenter, me faire flancher.

Et je jouis encore sur toi, sur tes mains et dans ta bouche.

« Veux-tu que j’arrête ? »

Non, n’arrête jamais. Je te veux toujours, partout, et tout le temps. Prends-moi ici, prends-moi là, je veux jouir dans et sur tes bras. Dans la chaleur de ton lit, dans le feu de mes draps. Je veux inonder tes doigts et ta bouche. Engourdir ta langue et tes lèvres. Je veux que ton sexe crie pour ma peau, pour mon cœur. Comme une bête agonisante, comme un loup devant la lune.

Et bête fatale que tu es, tu me vois ronronner et m’agiter, alors tu me tournes et relèves mon bassin. Tu entres en moi facilement, parce que je t’attendais. Comme je t’ai toujours attendu.

Rapidement on se rejoint, dans l’excitation du moment qu’on attendait de vivre ensemble à nouveau. L’orgasme sur lequel je jouissais en cachette depuis des mois sans toi à penser à ton corps, ta peau et ton sexe.

Tu as éveillé tes sens et les miens comme au tout début. Tu as retrouvé les flammes du feu braisé au fond de ton ventre. Tu nous as unis à nouveau, enfin.

Tu m’embrasses. Je te retourne le baiser.

« Je n’ai pas envie de m’en aller. »

Moi non plus. Alors je te demande de rester et je te donne une clé. Tu pourras venir te blottir dans mes bras sur mon sofa de mon nouvel appartement où tu as laissé ta marque.

La même que je porte déjà au cœur, sur la peau, dans mon corps, à tout jamais.

Comme un tatouage. 😊

Photo feliperizo.co

Six

Je suis très fébrile.

Je me prépare et j’hésite entre deux robes et deux paires de chaussures. Plus de rouge à lèvres ? Les cheveux attachés ? Un collier ou non ? Je suis nerveuse. Ce sont de légers détails, mais j’y tiens. Je veux être belle. Très belle.

Je rencontre à nouveau un homme que j’ai fréquenté quelques fois et il m’a promis une soirée extraordinaire à m’en faire perdre tous mes sens et ma raison. J’ai rapidement été conquise, moi qui bois littéralement toutes ses paroles et son savoir lorsque je suis à ses côtés.

Le seul fait de penser à lui allume tous les feux possibles au creux de mon ventre. Il excite mon corps oui, mais aussi mon esprit. Je le désire. Je le veux. Je le ressens. Tellement.

Je reçois une notification sur mon cellulaire, mon taxi m’attend en bas. Je rejoins mon rendez-vous à une adresse précise, je ne connais pas l’endroit — c’est à l’extérieur de la ville où j’habite. Plus d’une trentaine de minutes plus tard, j’arrive finalement à destination.

Il m’attend devant la maison, souriant. Il est beau, tellement beau. Je sens son parfum à des mètres avant même de le rejoindre. J’ai un coup de foudre dans le ventre ; il a créé une boule de chaleur en moi que j’ai de la difficulté à calmer.

Je m’avance, il m’embrasse. Il dit qu’on rejoint deux couples d’amis à lui pour souper. Je suis ravie, ça fait longtemps que je n’ai pas soupé avec quelques-unes de ses connaissances. On entre et l’accueil se fait convivial et sincère. Je me sens bien.

La soirée passe rapidement. Et les bouteilles de vin aussi. On sort finalement de table pour se diriger vers le salon où un feu de foyer est allumé. Notre hôte principal nous invite à boire du champagne, nous acceptons tous avec plaisir. Sa femme se lève pour mettre de la musique au moment même où mon amant glisse sa main sur ma cuisse et sa langue dans ma bouche.

Je suis excitée et lui aussi. Je le vois bien au travers son pantalon. Lorsque j’ouvre les yeux, j’aperçois les deux autres couples s’embrasser eux aussi. L’ambiance nous porte tous à des caresses et à de la tendresse. L’alcool, l’odeur du feu et la musique font leur effet escompté ; c’est enivrant.

Alors que je recule un peu, une des femmes s’approche de moi langoureusement avec des yeux de chatte. Elle s’assoit sur mon amant face à moi et lèche tendrement mes lèvres. Je me prête au jeu et j’accepte avec plaisir sa douceur : je l’embrasse avec passion. Mon amant commence à caresser mes seins alors que je touche ceux de madame en glissant mes mains sous son chandail.

Sur l’autre divan, nos hôtes principaux s’embrassent alors que le mari de celle que je caresse est agenouillé devant notre hôte à le prendre langoureusement dans sa bouche. Le bas de mon corps s’agite rapidement et celle que j’embrasse le ressent. Elle s’agenouille devant moi et retire ma culotte alors que mon amant sort son sexe de son pantalon. Elle glisse deux doigts en moi alors qu’elle prend son sexe à lui dans sa bouche.

Les halètements et les cris s’ajoutent à la musique ambiante dans la pièce. Les trois autres finissent par venir nous rejoindre — nous sommes tous nus. Mon hôte me regarde droit dans les yeux et s’approche de moi. Il me penche et me prend par derrière alors que sa femme s’assoit sur le rebord du sofa que je puisse la lécher et la goûter. Mon amant me claque les fesses, l’autre femme se fait pénétrer par ce dernier et son mari masturbe mon homme.

Les échanges se font naturellement, nous jouissons tous plusieurs fois avec les bouches, les doigts et les jouets. J’ai chaud, je bois du champagne, j’écoute la musique, je transpire devant le feu, je regarde mon amant se faire donner du plaisir, il me regarde me faire donner du plaisir, je me fais prendre, je prends, je donne, je reçois, j’inspire, j’expire, je profite, je jouis, j’aime.

Épuisés, les dernières jouissances se font entendre et sentir sur les canevas de peaux nues. Les derniers baisers sont échangés. Les dernières gorgées de champagne sont bues. Le feu s’attise et la musique joue ses dernières notes.

Je quitte avec mon amant en taxi. Il me dit qu’il veut dormir chez moi. Je l’embrasse, il me dit que je suis belle. Je ris en lui disant que j’avais tellement pris de temps à me préparer.

« Tu es toujours belle. Avec ou sans rouge à lèvres. Les cheveux attachés ou non. Un collier à ta nuque ou pas. Il n’y a pas une paire d’yeux qui ne tombe pas sur toi. »

Je le regarde dans les yeux, sa main glisse sur ma cuisse et sa langue dans ma bouche. Son haleine de champagne et de sexe se mêle à son odeur et celle du feu. Je ferme les yeux, j’entends encore la musique et les halètements. Et puis tout doucement, dans le taxi, je jouis encore sur ses doigts, la boule de chaleur en moi plus vive que jamais.

Photo Charles

Maxime et Juliette

Le temps est gris, il pleut encore même si c’est déjà l’hiver. Je porte mes bottes de pluie et je grogne contre la gadoue qui colle sous mes talons. Je marche vite, car je suis pressée ; j’ai une entrevue aujourd’hui. Je crois que je vais être en retard, je suis en sueur et j’ai l’impression que mon maquillage est gâché. Je me frotte les mains pour me réchauffer et je fume une dernière cigarette avec une gorgée de café tout juste avant d’entrer dans la librairie pour laquelle j’ai appliqué. J’entre et je sens l’odeur des vieux livres. Je m’imprègne des notes de cognac, de cigare, de soirées de barbecue en famille, je retrouve des sourires, des larmes et des peines, je sens des odeurs sensuelles, des touches féminines et des parfums plus corsés. Qu’il est bon de se retrouver dans un endroit que l’on ne connaît pas, mais qui semble toujours nous avoir appartenu pourtant. J’enlève ma tuque et me frotte la nuque, je suis détrempée. Je secoue mon manteau pour laisser tomber un mélange de neige et de pluie et je laisse échapper un « bonjour » rauque. Je me sens comme une gargouille et je me trouve complètement ridicule. Je cherche rapidement autour de moi pour trouver à qui j’ai parlé trois jours plus tôt. Il y a des rangées à l’infini, comme un labyrinthe sans fin, mais j’ai le sentiment d’aisance assez rapidement. Au fond du magasin, je vois une petite dame fin quarantaine qui ressemble étrangement à Cruella dans les 101 dalmatiens. Je suis plutôt amusée, mais étouffant un rire timide, je m’approche confiante au même moment où elle se retourne. Je me présente et l’entrevue se déroule terriblement bien. Tellement bien qu’elle me demande si je suis libre dès le lendemain. Excitée, je dis que oui et la prends dans mes bras comme si c’était déjà Noël. Je quitte le sourire aux lèvres, pétillante et soulagée ; enfin un emploi qui va m’aider à m’épanouir pleinement ! Au petit matin, je me lève du bon pied. Je me prépare comme si j’allais dans un bal, je suis prête à impressionner n’importe qui et à vendre tous les recueils de poésie en une seule journée. Je prends le métro et mon nouveau travail sera à cinq stations de chez moi que c’est parfait ! Il fait beau et plus chaud aujourd’hui ; je suis rayonnante comme le soleil et plus que confiante. Mon quart de travail se déroule plutôt bien. Ma nouvelle patronne qui se nomme Ursula ; comme pour la rendre encore un peu plus ridicule, me dis qu’étant donné que nous sommes dans le temps des fêtes, je vais travailler dans l’arrière-boutique à placer des bouquins. Une des employées qui est là depuis plus de quatre ans va me montrer le fonctionnement du magasin pour les inventaires. Plutôt déçue de ne pas pouvoir partager mes connaissances littéraires avec les clients, je dus bien évidemment accepter, me taire et sourire. Mon excellent service à la clientèle sera donc mis à l’épreuve une autre journée, tant pis !

L’arrière-boutique est tellement peu spacieuse que j’ai de la misère à circuler sans accrocher quelque chose au passage. Je débute donc par faire un peu de ménage et à classer les livres par auteur. Je suis en train de tout ramasser depuis plus d’une heure que la porte s’ouvre et j’échappe le même « Bonjour » rauque et stupide de la veille. Des pas se rapprochent de moi et je vois une tête derrière la pile de livres à ma gauche. « Salut, moi c’est Maxime. » Mon souffle coupe, je suis complètement déstabilisée et j’échappe les trois Shakespeare que j’ai dans les mains. Maxime rit et se penche pour ramasser mon dégât et me dit que les livres sont précieux et qu’il ne faut pas les échapper sans raison. Je souris bêtement et la regarde pendant qu’elle enlève son manteau et dépose son café. Androgyne jusqu’au bout des ongles, elle porte quand même des vêtements assez ajustés pour que je puisse entrevoir ses courbes délicates et féminines. Elle se retourne le sourire en coin et je vois tout de suite dans son regard qu’elle sait que je la fixe. Je passe tout mon quart de travail avec Maxime, elle m’explique le fonctionnement de la librairie, les pauses, les ventes, les jours fériés, les demandes de congés… Mais je n’écoute absolument rien et hypnotisée par sa bouche, ses yeux et sa voix ; je me sens terriblement ivre en sa présence. Comme une sensation de vertige infinie, je suis tellement nerveuse que j’ai le cœur sur le bord des lèvres toute la journée. Six heures après je sors de la librairie et je cours jusqu’au métro. Qu’est-ce qui se passe avec moi ? J’ai perdu la tête, je ne me reconnais pas… J’arrive chez moi et trop épuisée je tombe comme une brique sur mon lit et je dors instantanément. Le cadran sur mon cellulaire me réveille du profond sommeil dans lequel je suis sombré la veille et m’oblige à faire face à ma journée ; je reçois la commande avec Maxime dans l’arrière-boutique aujourd’hui. J’arrive à la librairie quinze minutes à l’avance de mon quart de travail et Maxime est déjà à l’arrière en train de confirmer sa réception de produits à l’ordinateur. Elle me fait un sourire et me dit que nous allons faire la rotation des livres et aussi renvoyer certains de ceux-ci qui ne se vendent pas assez bien dans notre magasin. Nous sommes seules, car la librairie n’est pas encore ouverte alors elle met de la musique et ne se gêne pas pour monter le son. Sur des airs d’Arctic Monkeys, je la vois fredonner et bouger des fesses du coin de l’œil. Je dois passer tout près d’elle pour aller placer un livre, mais l’espace est si restreint que ma poitrine frotte à son dos. Je ferme les yeux, je sens son parfum et j’ai l’impression que tout devient alors au ralenti. Elle se retourne et me soulève sur la pile de boîtes. Elle glisse ses doigts sur mes hanches et lèche délicatement ma nuque. Je frissonne jusqu’à en rouler des yeux et je retiens péniblement mon souffle. Elle enfonce sa langue dans ma bouche, retient ma tête molle avec une de ses mains et me mord les lèvres. Comme la veille, je ressens le même sentiment d’ivresse. Confiante et tellement sexuelle, elle me couche sur la pile de livres déballés sur le plancher. Le bout de ses doigts chatouille mon ventre et elle empoigne fermement ma poitrine timide sous mon soutien-gorge. Mes pantalons glissent parfaitement sous ses mains, elle poignarde mes fesses de ses paumes pour mieux les approcher de sa bouche. Au moment où elle pose ses lèvres sur mon sexe brûlant, je perds le contrôle de mon corps. J’ai tellement chaud et sa langue fait vibrer mon cœur et ma tête jusqu’à en oublier mon propre nom. Mon bassin bouge au même rythme qu’elle, plus elle me goûte, plus je perds les pédales. Je suis complètement enivrée et couchée devant elle, tout mon corps devient esclave sous chacun de ses battements de langue. Sur le bord de la jouissance, je me tortille et elle écarte fermement mes jambes pour me laisser venir dans sa bouche. Je m’accroche à ses cheveux et je ressens une boule de chaleur intense dans le bas de mon ventre. Je m’accroche aux bouquins autour de moi, je vais jouir étendue sur Nelligan, Saint-Denys Garneau et Miron. Je me laisse aller et lâche un cri à décoller les couvertures dorées des recueils les plus dispendieux existants. J’ouvre enfin les yeux et me retrouve assise derrière elle avec mon Roméo et Juliette dans les mains, quelque peu bredouille. Maxime est exactement à la même position qu’elle était, toujours le tapement de pied sur les Arctic Monkeys qui déchirent le système de son. Je reprends mes esprits, m’essuie le front et réalise que j’ai rêvé éveillée. Je me lève, elle se retourne souriante en chantant « ’I’m sorry to interrupt it’s just I’m constantly on the cusp of trying to kiss you… » et à ce moment même, j’ai bien peur que mes fantasmes deviennent réalité.

Photo Janko Ferlic