Le coeur dans le ventre

Je marche rapidement, je suis nerveuse.

On s’est entendus pour se rejoindre quelque part de précis à 20 : 00, tu m’as donné l’adresse hier soir. Tu m’as dit : « Ne porte rien sous ton manteau. »

Ce n’est pas quelque chose que je fais normalement, puisque non seulement je suis frileuse, mais aussi parce que j’ai beaucoup trop peur qu’un coup de vent relève le bas de mon manteau. Mais ce soir je l’ai fait. Pour toi.

Alors je marche, je gratte mon pouce avec mon index nerveusement et je m’efforce de ne pas ronger mes ongles. Ça fait déjà une dizaine de minutes que je marche depuis le métro, je commence à trouver que c’est loin et l’hiver qui s’allonge me gèle la peau et les os.

J’arrive finalement à destination. Devant moi se trouve une maison bien simple, une lumière est allumée à l’extérieur. Je m’approche et je trouve une carte déposée devant la porte. Je l’ouvre.

Entre. Installe-toi confortablement. Enlève ton manteau. Il y a du vin dans le frigo.

En entrant, je te sens immédiatement. Ça me frappe au ventre, je sens ton odeur et ton parfum partout. Je te connais jusqu’au bout des doigts et même si je semble être seule, c’est comme si tu étais là.

Je ne sais pas si je devrais vraiment retirer mon manteau. Je me trouve ridicule. Moi qui est nue en talons hauts dans une maison que je n’ai jamais vue et qui sent toi à plein nez. Mais ce soir je le fais. Pour toi.

C’est sombre, mais les pièces qui communiquent entre elles sont éclairées par des chandelles. C’est le silence total. C’est beau.

Je me dirige vers la cuisine et j’ouvre le réfrigérateur. Alors que j’attrape la bouteille de vin, je sens ta main qui glisse sensuellement sur mon ventre.

Mon ventre. Je sais à quel point tu l’aimes. Combien de fois tu me demandes de te l’envoyer en photo. Combien de fois tu le caresses lentement. Combien de fois tu jouis sur celui-ci.

Ta main sur moi me fait toujours autant frissonner. Je ferme les yeux, je te reconnais toujours. Ton odeur. Ton toucher. Tu m’embrasses en même temps que je pense à tes lèvres. Tu me prends dans tes bras et accrochée à toi, je remarque que tu es nu toi aussi.

Tu m’assois sur le comptoir, tu me demandes de garder les yeux fermés. J’ai le souffle court, mon cœur bat probablement en même temps que le tien tellement je peux te sentir. Avec moi, tu reviens à la vie.

Et puis tu me goutes. Je suis tellement excitée que j’ai déjà envie de jouir sur ta bouche. Tu le sais, parce que je me cambre comme une anguille et je gémis sans me retenir. Tu arrêtes, tu recules. Tu entres un doigt, puis deux. Et tu recommences. J’ai peine et misère à me retenir, j’agrippe tes cheveux et je te griffe le dos. Ça t’agace, ça t’excite.

Tu me débarques du comptoir et tu me penches. Je me retourne et j’ouvre les yeux, tu lèches tes doigts et tu te mouilles. Tu tires mes cheveux pour que je regarde devant moi et tu entres. C’est fort. C’est chaud. C’est bon. Tu serres ma gorge, je t’entends respirer dans mes oreilles.

Je sens ta main passer de ma gorge au bas de mon ventre. Tu me chuchotes à l’oreille de me laisser aller. Et j’arrive à ce moment où tu me mords l’oreille, où tu lèches ma nuque. Tu sors, tu écartes mes fesses et tu me rejoins. Ensemble, on chante et on s’épuise lentement. On prend ensuite le temps de retrouver nos souffles et nos haleines. Tu m’embrasses et tu déposes ta main sur mon ventre. Je lève les yeux, tu me souris. Tu me serres contre toi et tu me dis : « Tu es belle. »

Et moi, dans l’ivresse de ces mots et de ce moment précieux, je dépose ma main sur la tienne. Et je laisse bouillir mon ventre doucement sous nos mains.

Je le fais pour toi.
Pour toujours.

Photo Kristina Flour

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