Un amour de saison

J’ai vécu un amour impossible, un amour d’été, un amour de saison qui m’absorbait et me faisait rêver. 

Vous savez, comme un cœur en fête, un mirage de sable, un étourdissement des doigts jusqu’aux orteils ?

Un amour impossible, oui. 



C’est le début de l’hiver, mon corps est frigorifié, toutes les raisons sont bonnes pour réchauffer mes veines. J’installe une application de rencontre, rapidement je commence à discuter avec un homme qui m’intéresse beaucoup. Beau, comme ça ne fait pas de sens. 

Une apparence de plage, de soleil même la nuit. Un corps de caramel, comme des vagues qui coulent à l’infini sur les rebords de peau. Des yeux qui perçoivent les galaxies et qui dessinent des histoires à en faire rêver. Une bouche myope, qui goûte sans fin à en redemander constamment, comme si elle ne mangeait rien d’autre que le corps devant elle. Des mains de tendresse, qui serpentent doucement sur l’épiderme, comme un satellite qui tourne et vrille autour du cœur. Et la rage au ventre, au commencement des cuisses, cachée au creux des abysses.

On s’écrit, on s’envoie des poèmes et des ritournelles. Je chante à même le bout de mes doigts sur l’écran. Je jouis sur ses photos, sur ses réseaux sociaux. Je m’endors la nuit avec la pensée de son sexe dans ma bouche, entre mes mains, au fond de moi. Je me réveille avec son corps flottant au-dessus du mien. Comme téléporté, il m’accompagne jour et nuit, surtout dans mes rêves éveillés. 

Et enfin, enfin, je rencontre son corps et son esprit. Dans la réalité, celle où il me couche et me déshabille tout doucement sur son lit. Détendue, en état d’asphyxie pour ses sens et ses membres, je fonds et coule sur sa peau à lui.

Il prend et transporte mon cœur ailleurs, loin. Il me fait l’amour comme ce que j’ai déjà lu auparavant, comme une histoire d’amour à des eaux de rose. Sa langue chatouille et éveille ma peau endormie sans lui. Ses doigts disparaissent constamment entre ma bouche et mon sexe et je perds connaissance la bouche grande ouverte jusqu’au ciel.

Comme il me fait jouir une première fois, il comprend les mécanismes de mon corps. Et c’est de cette manière qu’il m’a offert la plus belle histoire d’amour de toute ma vie. 

Je suis tombée en amour avec sa salive qui a parfumé le bas de mon ventre. Avec le bout de ses lunettes qu’il portait à ses dents. Avec sa main qu’il passait dans ses cheveux pour venir ensuite la lover près de ma nuque alors qu’il m’embrassait. Avec les odeurs de son corps bouillant sur le mien. Avec son souffle qui brûlait la peau de mon sternum. Avec ses yeux de tempête disparaissant entre les mers du bas de mon ventre. Avec sa façon de lécher le côté de mes cuisses tout en frottant son sexe près de mes pieds. Avec sa barbe captive entre mes ongles. Avec les poils fous sur ses pectoraux. Avec ses fesses musclant tous les recoins de mon matelas. Avec lui tout entier, sa tête, sa peau, sa voix — avec son râlement alors qui jouissait sur mon ventre et mes seins. 

Son sexe dans le mien est devenu un tatouage, comme un souvenir marqué à tout jamais sur et dans mon bassin. Mes hanches, elles sont devenues musique pour ses propres mouvements. Mes mains — celles qu’il aimait en silence, sont devenues le transporteur de mes émotions à son cœur à lui.

Il l’a échappé, il a brisé. Ce petit cœur solitaire, en manque de nous et de tout.

Les choses fragiles sont difficiles à porter et à retenir, comme un écho dans un coquillage. Les murmures secrets entre les branches, les mensonges que l’on raconte afin de se glisser dans un lit, près d’une peau mal-aimée. Il y a des gens qui malgré leurs belles paroles, cachent des démons au creux de leur gorge. 

Comme ces parfums qui disparaissent au gré des saisons.  



J’ai vécu un amour impossible, un amour à lever le cœur, un amour qui a duré quelques heures à peine. 

Vous savez, comme un coup de foudre, une sensation d’infinité, un sentiment de l’amour d’une vie ?

Un amour impossible, oui. 

Photo Davide Ragusa

Vibrances d’été

Vendredi soir, l’été arrive enfin et tout doucement. Il fait chaud, malgré le fait que le soleil soit maintenant couché. Les rues de Montréal sont bondées. Je marche rapidement, mes yeux croisent plusieurs regards. C’est enivrant ; les gens sont beaux.

Je dois la rejoindre près de la scène du spectacle qui se donne à l’extérieur. Elle m’a dit qu’elle serait en première rangée. Mais il y a beaucoup de gens et c’est presque impossible de me faufiler entre toute cette foule. Je lui envoie un message texte. Sans réponse. 

J’essaie d’avancer tranquillement. Rien à faire. Je ne passe pas. Le spectacle commence, je me dis que je peux essayer de passer entre les gens au fil de la soirée. Je reste là.

La musique est bonne. Il fait noir, les têtes sont éclairées par les projecteurs de la scène. Il fait chaud. L’odeur de l’été est là. Les corps transpirent, la sueur des gens se mélange et émane au-dessus de l’amas de personnes. C’est magnifique. 

Je lève les yeux. Mon regard tombe direct dans celui d’un étranger qui m’observe avec une confiance déstabilisante. J’ai un drôle de frisson et j’ai l’impression qu’il le ressent à même les quelques mètres qui nous séparent. Il continue de me regarder, il me sourit.

Il s’approche tout doucement, faisant serpenter son corps entre ceux des autres parmi la foule. Il réussit à passer, comme s’il était destiné à me rejoindre. L’énergie qui émane de sa peau me rend tout doux ; c’est la première fois de ma vie qu’un homme me fait cet effet. Il s’approche de plus en plus, je suis un peu nerveux.

Il arrive à mes côtés, il colle son bras contre le mien. Connexion, magnétisme, fusion. J’ai un drôle de vertige qui me tient à peine debout. La musique m’envoûte, tout comme le bel inconnu à mes côtés. Sa main flâne autour de la mienne, de mon bras, de ma cuisse et finalement de mes hanches.

Ses doigts commencent à caresser mon sexe qui durcit au travers mon pantalon. Son odeur me rend fou, sa barbe, ses yeux en amandes, sa bouche, sa peau ambrée qui brille sous les projecteurs… Il m’ensorcelle et je me sens complètement impuissant à ses côtés. 

Je le regarde du coin de l’œil, il est simplement là, près de moi à me ressentir et découvrir mon énergie. Je suis en transe pour et avec lui ; j’ai un coup de foudre qui transperce mon corps et mon cœur. 

Ses lèvres se promènent au creux de ma nuque, j’ai l’impression que je vais m’évanouir. La musique qui me berce, son odeur qui fusionne à ma peau, son corps contre le mien, sa langue qui possède et berce tous les sens de mon âme…

Je suis à court de souffle tellement mon niveau d’excitation est élevé. Il le ressent, il accélère la cadence du frottement de sa main contre mon sexe. J’essaie de me calmer et de contrôler ma respiration, mais j’en suis incapable ; je jouis en lâchant un soupir caché sous la voix de la chanteuse. Je ferme les yeux, ses doigts glissent entre les miens, il serre ma main très fort. On se regarde encore dans les yeux, c’est vrai et fort. Comme si on se reconnaissait finalement. 

Mon cellulaire vibre au creux de ma poche et me sort durement de ce moment avec lui. Je relâche sa main pour sortir mon téléphone. Elle m’a répondu : « Je suis en avant, essaie de me trouver, je vais lever les bras pour que tu me voies. Passe entre les gens, je t’ai gardé une place près de moi ! »

Je le range à nouveau à l’intérieur de ma poche et je reprends sa main. Je la serre fort. Et je reste là, avec lui. Au milieu de la foule inconnue qui m’a fait ressentir les plus belles vibrances de l’été. 

Photo Jacky Zeng