Musique de nos coeurs

Je sors du bureau, il est passé 21 : 00. Je suis exténuée, mon corps veut se coucher en même temps que le soleil. Je marche tranquillement vers ma voiture et du coin de l’œil, j’aperçois un nouveau petit bar de quartier qui vient tout juste d’ouvrir. 

J’hésite à ouvrir la porte de ma voiture. Allez, un verre et je rentre à la maison par la suite. Je traverse la rue rapidement et me dirige vers le bar aux allures quelque peu obscures. Je suis intriguée — une affiche indique un spectacle ce soir. Un chanteur et sa guitare acoustique. Bon, encourageons les artistes locaux, que je me dis.

J’entre, c’est sombre et feutré. L’ambiance est lourde, mais calme. Il y a plusieurs personnes sans que ce soit étouffant. Je me sens bien. Je m’installe au bar et je commande un verre de vin. 

Je prends une gorgée à peine de mon verre que ledit chanteur embarque sur la scène. Je m’étouffe un peu — je suis hypnotisée par sa beauté. J’essuie ma bouche avec le revers de ma manche et je souris à un inconnu à mes côtés qui me demande si je vais bien. 

Il commence à chanter, à gratter sa guitare. Une boule de chaleur m’envahit et grossit au creux de ventre. Je ressens un drôle de vertige — je suis à la fois captivée et fascinée par ses lèvres, sa voix, ses yeux, ses doigts sur les cordes, son corps qui bouge avec sa propre musique. Je ferme doucement les yeux, je me laisse bercer par les notes, les paroles et ce que tout mon être ressent dans le moment présent. 

Je me sens vibrer, comme mon âme qui décolle et vole. Je frissonne, mon cœur bat à la vitesse de l’éclair. Un mal de cœur s’empare de moi tellement je suis étourdie par lui. 

Le temps passe vite, son spectacle est déjà fini. Un étrange sentiment m’habite, comme un vide, une absence. Je termine mon verre et je scrute l’arrière-scène. Je trouve facilement comment m’y rendre subtilement. Je pousse quelques rideaux et je l’aperçois au fond d’une petite pièce. La porte est à moitié fermée, il boit une bière tranquillement. Je m’approche, il entend mes talons et lève les yeux. Je lui souris, lui aussi. Je me présente, il me dit d’entrer. Il est très attirant oui, mais c’est le timbre de sa voix qui me fait perdre tous les sens de mon corps. Je suis en transe pour sa bouche. 

On rit, on parle, il chante encore pour moi. Je m’approche de lui et je lui dis : « Tu sais comment venir me chercher, toi. ».

Il me regarde droit dans les yeux et me dit : « Ce serait plate de chercher pour te faire venir, en effet. »

La boule dans mon ventre explose. Mon corps s’élance vers le sien comme un aimant et ses mains se collent automatiquement à mes hanches. Il me retient fort, fermement, et penche sa tête vers la mienne pour m’embrasser.

Sa langue dans ma bouche réveille toutes les mers et les vagues endormies dans mon corps. J’ai le mal de mer ; je navigue entre les eaux de sa bouche. Mon cœur en coquillage lance un cri : c’est un écho éternel qui se crée entre nous deux.

Une de ses mains fait vibrer le rythme de ses doigts vers mon pantalon, je sens qu’il va jouer de moi et de mon corps comme d’un instrument. Sa main enveloppée entre mes jambes est inondée par la rivière de la boule de chaleur explosée. Je suis tellement excitée que j’ai peine et misère à retenir mon souffle.

Je jouis sur ses doigts qu’il vient ensuite porter à ma bouche. Mes mains coquines sentent qu’il est excité lui aussi. Je m’agenouille devant lui et je le prends dans ma bouche. Son sexe vient se lover au creux de ma gorge, comme les paroles de ses chansons. La musique de son corps résonne dans mon palais ; je veux l’ensorceler comme il a jeté un sort à mon ventre.

Il respire fort et souffle mon nom entre ses lèvres : « Petite grande tornade, tu me fais capoter. »

Et moi, affamée pour son corps, son sexe, sa voix, son odeur, son cœur et tout son être, je me relève devant lui et me penche vers l’avant pour le laisser entrer en moi. Je sens la tempête, les remous et la pluie infinie nous envahir tous les deux. Nos sexes mouillent et se mêlent en douce alchimie.

Bercés par l’excitation, nous jouissons en même temps, ses mains accrochées à mon bassin relevé pour lui laisser toute la place dont il a besoin pour me prendre, me pénétrer, se cacher dans les abysses de mon…

J’ouvre les yeux en sursaut, le gars à mes côtés me redemande si je vais bien : « Tu t’es endormie, on dirait… comme si tu étais dans la lune, ou je ne sais trop quoi. » Je lui souris et lui demande où est passé le chanteur qui n’est plus sur la scène. Il me fait signe qu’il est sorti derrière les rideaux. 

Je me lève et confiante, je sais exactement où porter mon corps pour le retrouver. Pour le retrouver comme une mélodie à mes oreilles, à ma bouche, à mes mains. Pour jouer la chanson de nos peaux, de nos cœurs, de notre vie. 

Photo Sebastian Kanczok

Retrouvailles

Fin de soirée. Nous sommes encore devant la télévision. Je te regarde du coin de l’œil, tes yeux se ferment constamment — tu essaies de te battre contre le sommeil qui t’envahit. 

C’est la routine de nos soirées d’amour : le retour du boulot, le souper, faire prendre le bain aux enfants et les coucher, la télé, les yeux fermés, les corps éloignés.

Est-ce que notre couple s’est perdu quelque part ? As-tu oublié l’effet de mes lèvres sur les tiennes ? Suis-je devenue un souvenir du passé ? As-tu encore envie de ma peau nue contre ton corps ?

Tu me dis que tu vas te coucher ; tu es trop fatigué. Tu m’embrasses sur le front, je souris. Cinq minutes à peine sont passées que je t’entends déjà ronfler. Du salon, j’entends aussi les enfants respirer tout doucement. Je suis seule, sur le divan, le visage éclairé par la lumière de l’écran de télévision. Je suis un peu fatiguée, mais je n’ai pas envie de me coucher. 

Je change le poste jusqu’à tomber sur un film pornographique. Mes yeux se réveillent, mes sens aussi. Ce n’est pas vraiment mon habitude de regarder ce genre de film, mais… le bas de mon ventre s’agite et se réchauffe rapidement.

J’observe attentivement les caresses et les corps entrelacés. Assise à cheval sur son partenaire et dos à lui, la femme fait serpenter tout doucement son bassin, comme une chatte. Elle aime ce qu’elle lui fait ; ses yeux s’enflamment et ses mains agrippées aux cuisses de l’homme le confirme bien. 

D’une main, il lui agrippe les cheveux, tandis que de l’autre, il claque ses fesses. Elle gémit et se lèche les lèvres, sa propre main va se lover entre ses jambes. La mienne aussi. 

Je m’agenouille sur mon sofa et m’agrippe à un coussin. Mes doigts sont déjà cachés en moi et je compte jouir en même temps qu’elle. J’accélère le rythme et je me frotte sur ma paume de main. 

À l’écran, mademoiselle ouvre la bouche et commence à râler. Je mords le coussin pour enterrer mon souffle – mais tu sors de la chambre à l’instant même. Coït interrompu. 

Je me sens ridicule — tu me souris. Tu ne dis rien et tu t’approches doucement de moi. Tu retires mon bas de pyjama et tu couches mon bassin près du rebord du divan. Tu t’agenouilles et ta tête vient se cacher entre mes cuisses. 

Ta langue au bas de mon ventre connait sa place ; malgré les semaines passées sans se caresser, ta bouche ne peut jamais m’oublier. Elle me sent, elle me goûte, elle me prend, elle me touche ; elle me reconnait. Toujours. 

Je me frotte sur ton visage et retiens ta tête ; je compte jouir sur ta bouche. Tu me fais du bien, tellement de bien. Ta langue navigue sur ma peau, entre et sort et caresse doucement toutes les petites cachettes secrètes. Tu lèves les yeux vers les miens, je jouis instantanément en tentant d’être le plus silencieuse possible. 

Malin comme tu es, tu sors ton sexe de ton pantalon et tu m’étends sur le sofa. Tu agrippes ma gorge et tu viens te lover au creux de cette dernière. Je te prends avec envie et désir. J’agrippe tes fesses pour pousser ton corps à aller plus loin en moi. Tu lâches un léger cri de satisfaction et je sens ton cœur battre sur ma langue. 

Quelques coups de bassin à peine et je sais que tu vas venir ; mes lèvres reconnaissent les pulsations de ton sexe — je sais toujours comment te satisfaire. Tu ouvres encore la bouche afin de râler de plaisir, mais je te pince une fesse pour te rappeler de conserver le silence.

Tu sors et jouis sur mes lèvres, ma nuque et mes seins. On se regarde et on se sourit. Tu viens pour m’embrasser, mais…

« Maman..? »

On rit doucement, tu me fais signe que tu vas t’en occuper. Tu me fais un clin d’œil en sortant du salon. Je lève les yeux vers la télévision et le film est terminé. Je l’éteins et je sors du salon en souriant.  

Photo Nadine Shaabana