Flashback

🖤 Audio de Flashback 🖤

J’arrive chez toi, j’ai chaud. Mon cœur bat vite et fort ; je suis nerveuse. Je reste un peu dans ma voiture et j’essaie de me calmer.

Tout est arrivé si vite, flashback d’il y a 10 ans où ma peau coule sur la tienne.

J’ai un drôle de vertige.
J’entre dans ton appartement, mes mains sont moites. Tes yeux tombent directement dans les miens ; tu sais ce que tu veux. Tu me souris, j’ai une boule de chaleur au ventre.

Tu t’approches de moi et tu glisses ta main sous mon oreille, en prenant soin de la lover dans ma nuque. Tu es si près, je peux sentir ton souffle de ta poitrine à la mienne. Mes jambes ramollissent, je me sens fondre devant toi.

Ta langue entre dans ma bouche, tu mords mes lèvres et les lèchent – la boule de chaleur dans mon ventre grossit de plus en plus. Tu me prends dans tes bras et tu m’étends sur le lit. Tu me regardes dans les yeux, tu me déshabilles lentement. Tu détaches ton pantalon et tu entres en moi sans même me toucher.

Mais je respire avec et en même temps que toi et ton corps sur le mien me fait du bien : je m’abandonne complètement.

Tu sors et tu recules, ta tête vient se cacher entre mes jambes. Tu me retournes. Tu lèves mon bassin, tu mords mes fesses et les claques. Mon cœur bat si fort. Mais animale comme je suis, je reprends ma confiance et je me cambre comme une chatte devant toi. Tu t’excites toi aussi, je suis capable de te déshabiller à mon tour. À genoux devant toi, je te prends dans ma bouche où tu vas te cacher le plus loin possible.

Ton corps est en sueur.
Je sens ton cœur battre au bas de ton ventre, tu repousses ma tête et tu me tires vers toi. Je te chevauche de dos. Mais je te regarde par-dessus mon épaule et ma bouche en cœur et mes yeux de féline te portent à accélérer le rythme. Tu me dis d’arrêter de te regarder comme ça, avec mon regard de supplication, mais je veux te faire jouir.

Je ne t’écoute pas et je m’agrippe à tes cuisses où mes ongles entrent dans ta peau. Tu me demandes de me faire jouir, je te dis oui, mais seulement si tu jouis en moi. Et à ce moment, où je t’entends te lamenter sous mon bassin, mes yeux roulent vers le ciel et ma bouche infinie relâche un cri de jouissance qui te passe dans tout le corps comme un choc électrique.

La boule de chaleur dans mon ventre explose.
J’ouvre les yeux, je suis toujours dans ma voiture, je transpire abondamment et je suis incroyablement excitée.
J’arrive devant ta porte. Tu m’ouvres. Tu n’as pas changé. Encore une boule de chaleur au ventre, mais celle-là, j’ai envie de la partager avec toi – dans la réalité, encore une fois de plus.

Photo Jon Tyson

Le coeur dans le ventre

Je marche rapidement, je suis nerveuse.

On s’est entendus pour se rejoindre quelque part de précis à 20 : 00, tu m’as donné l’adresse hier soir. Tu m’as dit : « Ne porte rien sous ton manteau. »

Ce n’est pas quelque chose que je fais normalement, puisque non seulement je suis frileuse, mais aussi parce que j’ai beaucoup trop peur qu’un coup de vent relève le bas de mon manteau. Mais ce soir je l’ai fait. Pour toi.

Alors je marche, je gratte mon pouce avec mon index nerveusement et je m’efforce de ne pas ronger mes ongles. Ça fait déjà une dizaine de minutes que je marche depuis le métro, je commence à trouver que c’est loin et l’hiver qui s’allonge me gèle la peau et les os.

J’arrive finalement à destination. Devant moi se trouve une maison bien simple, une lumière est allumée à l’extérieur. Je m’approche et je trouve une carte déposée devant la porte. Je l’ouvre.

Entre. Installe-toi confortablement. Enlève ton manteau. Il y a du vin dans le frigo.

En entrant, je te sens immédiatement. Ça me frappe au ventre, je sens ton odeur et ton parfum partout. Je te connais jusqu’au bout des doigts et même si je semble être seule, c’est comme si tu étais là.

Je ne sais pas si je devrais vraiment retirer mon manteau. Je me trouve ridicule. Moi qui est nue en talons hauts dans une maison que je n’ai jamais vue et qui sent toi à plein nez. Mais ce soir je le fais. Pour toi.

C’est sombre, mais les pièces qui communiquent entre elles sont éclairées par des chandelles. C’est le silence total. C’est beau.

Je me dirige vers la cuisine et j’ouvre le réfrigérateur. Alors que j’attrape la bouteille de vin, je sens ta main qui glisse sensuellement sur mon ventre.

Mon ventre. Je sais à quel point tu l’aimes. Combien de fois tu me demandes de te l’envoyer en photo. Combien de fois tu le caresses lentement. Combien de fois tu jouis sur celui-ci.

Ta main sur moi me fait toujours autant frissonner. Je ferme les yeux, je te reconnais toujours. Ton odeur. Ton toucher. Tu m’embrasses en même temps que je pense à tes lèvres. Tu me prends dans tes bras et accrochée à toi, je remarque que tu es nu toi aussi.

Tu m’assois sur le comptoir, tu me demandes de garder les yeux fermés. J’ai le souffle court, mon cœur bat probablement en même temps que le tien tellement je peux te sentir. Avec moi, tu reviens à la vie.

Et puis tu me goutes. Je suis tellement excitée que j’ai déjà envie de jouir sur ta bouche. Tu le sais, parce que je me cambre comme une anguille et je gémis sans me retenir. Tu arrêtes, tu recules. Tu entres un doigt, puis deux. Et tu recommences. J’ai peine et misère à me retenir, j’agrippe tes cheveux et je te griffe le dos. Ça t’agace, ça t’excite.

Tu me débarques du comptoir et tu me penches. Je me retourne et j’ouvre les yeux, tu lèches tes doigts et tu te mouilles. Tu tires mes cheveux pour que je regarde devant moi et tu entres. C’est fort. C’est chaud. C’est bon. Tu serres ma gorge, je t’entends respirer dans mes oreilles.

Je sens ta main passer de ma gorge au bas de mon ventre. Tu me chuchotes à l’oreille de me laisser aller. Et j’arrive à ce moment où tu me mords l’oreille, où tu lèches ma nuque. Tu sors, tu écartes mes fesses et tu me rejoins. Ensemble, on chante et on s’épuise lentement. On prend ensuite le temps de retrouver nos souffles et nos haleines. Tu m’embrasses et tu déposes ta main sur mon ventre. Je lève les yeux, tu me souris. Tu me serres contre toi et tu me dis : « Tu es belle. »

Et moi, dans l’ivresse de ces mots et de ce moment précieux, je dépose ma main sur la tienne. Et je laisse bouillir mon ventre doucement sous nos mains.

Je le fais pour toi.
Pour toujours.

Photo Kristina Flour

Agonie animale

Ce sont tes doigts chirurgicaux qui m’ont ramené à la vie. J’étais sous tes griffes étendue comme une toile vierge. Cette journée-là, j’étais frigorifiée. Ce n’était pas septembre qui me cassait la gorge, mais plutôt le cœur que j’avais en glace. Tes mains sur ma peau froide ont réchauffé mon corps. Mon âme sous tes paumes est revenue, mais surtout, devenue à la vie. J’étais enfin là, présente et devant toi. Mes yeux allumés dans les tiens et nos haleines qui se mêlaient laissaient mon bassin se dégourdir de par lui-même. Ta voix me berçait lentement dans une agonie qui m’était impossible de repousser. J’avais envie de te respirer et de tout voir au travers ton regard.

Je glissai doucement devant toi, me laissant tisser par la toile de ton charme. C’était mon cœur qui explosait et mon sexe qui se réchauffait sous l’immobilité que tu créais de force avec ma personne. Lentement, je brisais la couche de givre en moi. Le contact de ta peau sur la mienne allumait la boule de feu qui était éteinte dans le bas de mon ventre depuis longtemps, trop longtemps. Haletante, j’avais peine et misère à rester là sans pouvoir te caresser. Cette fixation que j’avais sur toi me permettait de te sentir et de goûter ce parfum émanant de tes articulations. J’étais sexuelle et animale, je sentais que la femme érotisée en moi pouvait tout te faire. J’avais envie de te posséder et de te laisser faire ta place dans mon bassin. Comme dans un rêve, je souhaitais être ta muse. Habillée tout en noir, je voulais être celle qui claque ses jarretelles pour t’appeler le soir. Je priais pour pouvoir passer ma langue du bas de ton nombril jusqu’à tes lèvres. C’était la femelle excitée qui désirait te griffer, la même qui tentait de se faire un nid dans tes bras. Mon rouge à lèvres aurait laissé des traces vulgaires à la base de tes cuisses. J’aurais voulu que tu marques au fer brulant mes fesses de tes applaudissements. J’étais belle pour toi, à t’envouter et à te chanter tout ce que tu voulais entendre. C’était dans ma bouche que je voulais que tu habites et pour toujours, cette éternité à ne jamais te voir repartir. J’ai dû te laisser quitter, car dans cette vie, celle du présent ; tu n’existes pas. Peut-être un jour aurais-je la chance de te créer, de t’avoir, de te toucher, de t’aimer… Mais toujours je pourrai t’écrire.

Comme un firmament infini, tu étais là pour y être spécifiquement pour faire grogner la femme en moi. Ce soir, je t’écris timidement sans rien te demander en retour derrière ma machine à écrire. Je t’attendrai et je sais que tu reviendras. Quand les feuilles recommenceront à tomber, tu poseras ton pied sur ma terre. Tu me prendras par surprise comme si j’avais été frappée par la foudre. Ce même coup qui m’a éveillée à tous ses sens qui tournent maintenant autour de toi sera fatal la prochaine fois. Cette sensation de brulure quand je pense à toi est difficile à apaiser. Tu es immortalisé sur mon corps. À tout jamais.

Photo Michael LaRosa

Chanter sous tes mains

Je suis nerveuse, j’ai les mains moites et j’ai chaud. Je suis sur le balcon de ta maison et j’attends que tu m’ouvres la porte. Je replace mécaniquement ma robe, passe une main dans mes cheveux et je tiens solidement ma bouteille de vin. J’entends le loquet de la porte s’ouvrir et je prends une profonde respiration. Je ferme les yeux et espère que tu sois aussi beau que je t’ai imaginé.

C’est que tu vois, dans les nombreux fantasmes que je me suis faits sur toi, mes attentes sont très élevées. C’est bien beau les messages textes un peu kinky, mais moi je te veux maintenant, couchée sous toi.

Dans ma tête tu es grand, tes bras sont capables de me porter n’importe où. Tu es fort et mes jambes recouvrent ta taille quand tu me tiens par les fesses. Quand je t’imagine la tête entre mes jambes, ta bouche recouvre mon sexe au complet. Elle s’y ajuste parfaitement comme si elle était destinée à toujours y être. Et tu me goûtes avec faim, avec soif, avec appétit. Pour toi il n’y a pas de fin, si je jouis entre tes lèvres chaudes, ce n’est qu’une excuse pour continuer. Tes mains s’adaptent parfaitement à mes hanches, tellement que tes pouces laissent des marques sur mon bassin. Le même que tu tiens avec tant de fermeté lorsque tu me fais l’amour. Ce qui m’excite le plus chez toi c’est ta confiance. Le regard que tu poses sur moi, ton sourire en coin, puis ce désir infini entre toi et moi. Il y a un courant électrique infini entre nous deux, j’ai des frissons partout quand tes doigts glissent délicatement sur ma peau de porcelaine. Ton souffle dans ma nuque chatouille mon corps et je perds complètement tous mes moyens quand ta langue agace mes seins. Tu me déstabilises, j’en tremble tellement tu réussis à m’exciter. À la pensée de me voir assise sur toi, j’ai le bas-ventre chaud, comme si tu allumais toujours un feu qui ne veut pas s’éteindre. J’ai l’impression que nos corps s’ajustent parfaitement, comme s’ils étaient destinés à se mêler l’un à l’autre. Tu trouves facilement une place en moi pour te lover et la chaleur de ton pubis sur le mien réchauffe mon sang. C’est une course sans fin dans mes veines quand j’ai un orgasme ; je me sens belle quand je jouis sur toi.

Dans mon imaginaire tu as installé un bien-être en moi, une petite boite à surprises qui me font sourire comme si j’avais encore quinze ans à nouveau. Tu laisses ton parfum dans mes cheveux et c’est ce qui me fait toujours rêver à toi la nuit. Tu me fais des promesses qui sont réalisables, avec toi j’ai envie de faire des choses que je n’ai jamais faites auparavant. Quand tu me tiens contre toi, c’est la femme en moi qui se sent vivante. Mon corps devient mon instrument de musique au contact de ta bouche. Si je pouvais en jouer tous les jours, ce serait un orchestre infini dans le bas de mes reins.

La porte s’ouvre et tu te tiens devant moi. J’ai le souffle complètement coupé et le cœur qui va me sortir de la poitrine. Devant ta beauté inébranlable, je tends une joue timide pour que tu puisses y déposer tes lèvres. J’entre chez toi et déjà satisfaite des attentes que je me fusse créée, je referme les yeux et me laisse guider par mes sens, car toi seul sais comment me faire perdre la tête…

Photo Austin Ban

Maxime et Juliette

Le temps est gris, il pleut encore même si c’est déjà l’hiver. Je porte mes bottes de pluie et je grogne contre la gadoue qui colle sous mes talons. Je marche vite, car je suis pressée ; j’ai une entrevue aujourd’hui. Je crois que je vais être en retard, je suis en sueur et j’ai l’impression que mon maquillage est gâché. Je me frotte les mains pour me réchauffer et je fume une dernière cigarette avec une gorgée de café tout juste avant d’entrer dans la librairie pour laquelle j’ai appliqué. J’entre et je sens l’odeur des vieux livres. Je m’imprègne des notes de cognac, de cigare, de soirées de barbecue en famille, je retrouve des sourires, des larmes et des peines, je sens des odeurs sensuelles, des touches féminines et des parfums plus corsés. Qu’il est bon de se retrouver dans un endroit que l’on ne connaît pas, mais qui semble toujours nous avoir appartenu pourtant. J’enlève ma tuque et me frotte la nuque, je suis détrempée. Je secoue mon manteau pour laisser tomber un mélange de neige et de pluie et je laisse échapper un « bonjour » rauque. Je me sens comme une gargouille et je me trouve complètement ridicule. Je cherche rapidement autour de moi pour trouver à qui j’ai parlé trois jours plus tôt. Il y a des rangées à l’infini, comme un labyrinthe sans fin, mais j’ai le sentiment d’aisance assez rapidement. Au fond du magasin, je vois une petite dame fin quarantaine qui ressemble étrangement à Cruella dans les 101 dalmatiens. Je suis plutôt amusée, mais étouffant un rire timide, je m’approche confiante au même moment où elle se retourne. Je me présente et l’entrevue se déroule terriblement bien. Tellement bien qu’elle me demande si je suis libre dès le lendemain. Excitée, je dis que oui et la prends dans mes bras comme si c’était déjà Noël. Je quitte le sourire aux lèvres, pétillante et soulagée ; enfin un emploi qui va m’aider à m’épanouir pleinement ! Au petit matin, je me lève du bon pied. Je me prépare comme si j’allais dans un bal, je suis prête à impressionner n’importe qui et à vendre tous les recueils de poésie en une seule journée. Je prends le métro et mon nouveau travail sera à cinq stations de chez moi que c’est parfait ! Il fait beau et plus chaud aujourd’hui ; je suis rayonnante comme le soleil et plus que confiante. Mon quart de travail se déroule plutôt bien. Ma nouvelle patronne qui se nomme Ursula ; comme pour la rendre encore un peu plus ridicule, me dis qu’étant donné que nous sommes dans le temps des fêtes, je vais travailler dans l’arrière-boutique à placer des bouquins. Une des employées qui est là depuis plus de quatre ans va me montrer le fonctionnement du magasin pour les inventaires. Plutôt déçue de ne pas pouvoir partager mes connaissances littéraires avec les clients, je dus bien évidemment accepter, me taire et sourire. Mon excellent service à la clientèle sera donc mis à l’épreuve une autre journée, tant pis !

L’arrière-boutique est tellement peu spacieuse que j’ai de la misère à circuler sans accrocher quelque chose au passage. Je débute donc par faire un peu de ménage et à classer les livres par auteur. Je suis en train de tout ramasser depuis plus d’une heure que la porte s’ouvre et j’échappe le même « Bonjour » rauque et stupide de la veille. Des pas se rapprochent de moi et je vois une tête derrière la pile de livres à ma gauche. « Salut, moi c’est Maxime. » Mon souffle coupe, je suis complètement déstabilisée et j’échappe les trois Shakespeare que j’ai dans les mains. Maxime rit et se penche pour ramasser mon dégât et me dit que les livres sont précieux et qu’il ne faut pas les échapper sans raison. Je souris bêtement et la regarde pendant qu’elle enlève son manteau et dépose son café. Androgyne jusqu’au bout des ongles, elle porte quand même des vêtements assez ajustés pour que je puisse entrevoir ses courbes délicates et féminines. Elle se retourne le sourire en coin et je vois tout de suite dans son regard qu’elle sait que je la fixe. Je passe tout mon quart de travail avec Maxime, elle m’explique le fonctionnement de la librairie, les pauses, les ventes, les jours fériés, les demandes de congés… Mais je n’écoute absolument rien et hypnotisée par sa bouche, ses yeux et sa voix ; je me sens terriblement ivre en sa présence. Comme une sensation de vertige infinie, je suis tellement nerveuse que j’ai le cœur sur le bord des lèvres toute la journée. Six heures après je sors de la librairie et je cours jusqu’au métro. Qu’est-ce qui se passe avec moi ? J’ai perdu la tête, je ne me reconnais pas… J’arrive chez moi et trop épuisée je tombe comme une brique sur mon lit et je dors instantanément. Le cadran sur mon cellulaire me réveille du profond sommeil dans lequel je suis sombré la veille et m’oblige à faire face à ma journée ; je reçois la commande avec Maxime dans l’arrière-boutique aujourd’hui. J’arrive à la librairie quinze minutes à l’avance de mon quart de travail et Maxime est déjà à l’arrière en train de confirmer sa réception de produits à l’ordinateur. Elle me fait un sourire et me dit que nous allons faire la rotation des livres et aussi renvoyer certains de ceux-ci qui ne se vendent pas assez bien dans notre magasin. Nous sommes seules, car la librairie n’est pas encore ouverte alors elle met de la musique et ne se gêne pas pour monter le son. Sur des airs d’Arctic Monkeys, je la vois fredonner et bouger des fesses du coin de l’œil. Je dois passer tout près d’elle pour aller placer un livre, mais l’espace est si restreint que ma poitrine frotte à son dos. Je ferme les yeux, je sens son parfum et j’ai l’impression que tout devient alors au ralenti. Elle se retourne et me soulève sur la pile de boîtes. Elle glisse ses doigts sur mes hanches et lèche délicatement ma nuque. Je frissonne jusqu’à en rouler des yeux et je retiens péniblement mon souffle. Elle enfonce sa langue dans ma bouche, retient ma tête molle avec une de ses mains et me mord les lèvres. Comme la veille, je ressens le même sentiment d’ivresse. Confiante et tellement sexuelle, elle me couche sur la pile de livres déballés sur le plancher. Le bout de ses doigts chatouille mon ventre et elle empoigne fermement ma poitrine timide sous mon soutien-gorge. Mes pantalons glissent parfaitement sous ses mains, elle poignarde mes fesses de ses paumes pour mieux les approcher de sa bouche. Au moment où elle pose ses lèvres sur mon sexe brûlant, je perds le contrôle de mon corps. J’ai tellement chaud et sa langue fait vibrer mon cœur et ma tête jusqu’à en oublier mon propre nom. Mon bassin bouge au même rythme qu’elle, plus elle me goûte, plus je perds les pédales. Je suis complètement enivrée et couchée devant elle, tout mon corps devient esclave sous chacun de ses battements de langue. Sur le bord de la jouissance, je me tortille et elle écarte fermement mes jambes pour me laisser venir dans sa bouche. Je m’accroche à ses cheveux et je ressens une boule de chaleur intense dans le bas de mon ventre. Je m’accroche aux bouquins autour de moi, je vais jouir étendue sur Nelligan, Saint-Denys Garneau et Miron. Je me laisse aller et lâche un cri à décoller les couvertures dorées des recueils les plus dispendieux existants. J’ouvre enfin les yeux et me retrouve assise derrière elle avec mon Roméo et Juliette dans les mains, quelque peu bredouille. Maxime est exactement à la même position qu’elle était, toujours le tapement de pied sur les Arctic Monkeys qui déchirent le système de son. Je reprends mes esprits, m’essuie le front et réalise que j’ai rêvé éveillée. Je me lève, elle se retourne souriante en chantant « ’I’m sorry to interrupt it’s just I’m constantly on the cusp of trying to kiss you… » et à ce moment même, j’ai bien peur que mes fantasmes deviennent réalité.

Photo Janko Ferlic

Te peindre la nuit

J’ai passé des nuits blanches entières à réécrire ton nom de toutes les manières possibles et inimaginables. Dans mon monde obscur et silencieux, j’ai crié tes mots doux et j’ai imaginé de la lumière là où je n’en voyais pas auparavant.

Dans mes insomnies nocturnes, je te dessinais comme les peintres peignent délicatement leurs muses. De tes yeux, j’ai inventé des fleurs magnifiques et délicates. Ton corps se transformait en doux parfum dans ma mémoire. Tes doigts devenaient de douces mélodies, comme des notes jouées au piano harmonieusement. Tes cheveux fins qui coulaient dans mes mains s’agrippaient à mes paumes et se transformaient en souvenirs éternels dans ma tête.

Quand je ferme les yeux, c’est ton corps sur le mien que je vois. Cette façon que j’ai de te posséder en te retenant du bout des doigts, tout juste au rebord de ton sexe brulant. C’est de cette même manière que je peux te faire revenir quand tu essaies de partir pour de bon. En accrochant mes mains en toi, je garde toujours un pied dans la porte. Impossible pour toi de me quitter si je me colle à ta peau.

Lorsque je ne dors pas la nuit, c’est les visions de moi te faisant l’amour qui aide mon imaginaire à partir à la dérive. En écoutant mon cœur battre, je suis capable de te revoir à quatre pattes, haletante, avec une grande difficulté à respirer tellement tu es essoufflée. C’est tes cris étouffés et tes yeux qui roulent qui m’aident à trouver le bon rythme quand je te couche lentement.

Si je ne peux plus supporter le poids sur mes épaules, que mon corps fragile s’épuise, ce sont tes cris de jouissance qui me ramènent à la vie. Comme une musique pour mes oreilles, tes orgasmes font battre mon cœur. C’est la mélodie de ton sexe qui aide le mien à avoir si chaud.

Le seul problème c’est que j’oublie souvent trop vite ce qui me fait souffrir chez toi. Je camoufle sous des prétextes à ne plus finir ce qui ne marche pas entre nous et pour des instants trop brefs de bonheur, je me laisse aller. Ce que je laisse partir le temps d’une nuit me fait des cicatrices profondes qui ne veulent jamais guérir. Des plaies vives qui me rappellent constamment que notre amour sera toujours improbable. Nous sommes impossibles et malheureusement la vie n’est pas assez longue pour nous accorder de nous aimer. Notre histoire serait digne de poésie, de livres et de films, mais nous ne pourrons jamais en être vraiment les auteurs. Nous sommes les tristes spectateurs de notre propre amour.

Cet amour qui m’enflamme restera toujours gravé en moi et une place au chaud dans le bas de mon ventre te sera toujours destinée. À tout jamais, mon cœur voudra sortir de ma poitrine simplement au son de ton nom et à la mémoire de ta voix dans ma douche le matin. Je t’écrirai comme aucun écrivain n’aura pu griffonner autant de poésie auparavant. Je te peindrai comme aucun peintre n’aura mélangé autant de couleurs sur une même toile. Je te jouerai en musique comme aucun musicien n’aura composé jusqu’à maintenant.

Je t’aimerai demain, dans 10 ans et je t’aimerai aujourd’hui. Même si ce sera toujours impossible, je t’aimerai comme on ne t’a jamais aimé. Cet amour qui me chavire sera à tout jamais la plus belle des histoires que j’aurai vécues. Mais nous resterons toujours debout devant cet amour édifiant, comme si la gloire de celui-ci était intouchable.

Et ce sera à tout jamais l’histoire de notre amour de se battre autant pour s’aimer ; pour s’aimer comme si tout était possible…

Photo Greg Rakozy

Café numéro 31

Je suis au comptoir et j’attends mon café. Un peu dans la lune, les cheveux en bataille, il est trop tôt et je dors encore. Il commence à faire froid, je me suis emmitouflée dans une grosse laine grise comme le temps. J’ai la tête en l’air, je joue avec mon cellulaire, c’est long faire la mousse sur mon latté, maudite barista. Je me lève les yeux et je te vois assis à une table. Mon cœur arrête de battre. Tu es tellement beau que j’ai un haut-le-cœur violent qui me remonte jusqu’aux dents. Tu as la tête dans ton journal. Mi-trentaine, tu as une barbe non rasée depuis 5 jours que tu grattes avec le bout de tes doigts. Je me concentre sur tes lèvres, je fronce les sourcils pour mieux te fixer.

Tu es magnifique, j’ai peine à me tenir droite tellement tu me coupes le souffle. Je ferme les yeux. Je suis dans une chambre d’hôtel, il fait tellement chaud que j’ai envie de me déshabiller immédiatement. Je balaie des yeux la pièce, les draps sont riches, un doux parfum flotte dans l’air et il y a des chandelles qui éclairent vaguement laissant une sombre lumière derrière les meubles. Je m’approche du lit et retire mon manteau. Au moment où je passe la main dans mes cheveux, je te sens t’agripper à mes hanches. Ton souffle dans ma nuque me donne des frissons jusqu’au bout des orteils et tes lèvres me dévorent le cou furieusement. Tu glisses une main curieuse et confiante à l’avant de mon mince pantalon, je me couche immédiatement sur le matelas et haletante, je suis totalement sous ton emprise.

Tu me déshabilles rapidement et caresses ma peau avec le bout de tes doigts. Les mains sur ma poitrine, ton visage disparait entre mes jambes. Ta langue me fait perdre le contrôle, je suis déjà toute en transpiration à peine ta bouche déposée sur mon sexe. Je m’ouvre pleinement à toi, je tremble tellement je suis excitée. Tu me prends en m’embrassant, j’ai peur de ne pas suivre ton rythme, mais mon corps s’ajuste parfaitement au tien. Tu poses tes mains fermement sur mes fesses, tes ongles me transpercent la peau et tu glisses finalement tes paumes sur mes hanches. Tes yeux déchirent mon regard, je te regarde et je respire à la même vitesse que toi, mon cœur bat au même rythme que le tien. Tu soulèves fermement mon bassin et me couches sur toi. Je m’étire et mes doigts touchent le ciel ; je respire plus vite. Une boule de chaleur envahit mon bas-ventre, mes yeux roulent et je m’accroche aux draps. Tu t’approches rapidement de mon visage, nos corps explosent au même moment et tu dis tendrement mon nom, tu m’embrasses en disant mon nom, tu souffles dans mes oreilles mon nom, tu dis… « CATHERINE ! »

J’ouvre les yeux et je suis presque endormie près de la cannelle et du cacao, perdue je regarde un peu autour de moi ; quelques personnes me dévisagent et la barista impatiente me tend le café sous le nez avec les yeux sortis de la tête. Je m’approche de la table où tu étais assis et je vois une note sur ta serviette de table. « Je suis de passage, tu peux me rejoindre à la chambre 31 à l’hôtel en sortant du café. À bientôt. » Jamais un café n’aura été aussi bon…

Photo Sarah Youthed